Eschyle dans un bain techno

Elle commençait à manquer, Maya Bösch. A la tête du Grü à Genève – avec Michèle Pralong –, l’artiste propose pendant six ans des spectacles qui sont parfois des caissons sensoriels: ils déboussolent et laissent des marques. Depuis 2012, date où elle se retire, elle se faisait rare. Elle revient grâce au festival Electron, dès ce vendredi, avec Les Suppliantes d’Eschyle. Ne vous attendez pas à une coulée tragique. Mais plutôt à un tressage de voix et de sons, de chants et de percussions électroniques qui feraient remonter une prière archaïque.

Mais de quoi parle-t-on? D’une histoire très ancienne et très actuelle, observe Maya Bösch. Les Suppliantes, ce sont des sœurs exilées en Egypte et menacées de mort. Elles demandent asile à leur pays d’origine; le roi Argos convoque le peuple et l’invite à décider du destin de ces presque étrangères. Au Bâtiment d’art contemporain, on devrait voir huit actrices-chanteuses en proie à la musique techno du compositeur Vincent Hänni. «J’ai redistribué une partie des répliques de la pièce dans ce mini-chœur, celles du roi Argos notamment. Ce que je voudrais suggérer, c’est la force d’une prière confrontée à la toute-puissance du pouvoir, celui que représente la musique techno.»

Cette version électronique des Suppliantes est un prélude. Maya Bösch prépare pour 2016 un grand spectacle tragique. «C’est une écriture qui me passionne, j’en étudie les formes depuis 2012 dans le cadre d’ateliers avec de jeunes acteurs, par exemple à la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande à Lausanne. L’idée, c’est de mettre en résonance des textes de l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek et du dramaturge allemand Heiner Müller.»

Maya Bösch est de ces artistes qui construisent pièce après pièce leur toile. Les enfants perdus d’Eschyle pulsent. Il se pourrait qu’on se sente très proche d’eux.

Tragedy Reloaded, Prélude 1, Genève, festival Electron, Commun, Bâtiment d’art contemporain, du 3 au 5 avril; www.electronfestival.ch