La tête enturbannée d'une diseuse de bonne aventure, Esma Redzepova sait des oracles à lézarder les murs. Depuis qu'elle sillonne le monde en livrée polychrome, la «reine de la musique tzigane» fait partie des quelques icônes mondialisées dont se repaît le public occidental. Equivalent macédonien d'une Cesaria Evora, d'une Mercedes Sosa, la chanteuse à la voix rêche incarne à merveille l'idée que l'on se fait d'une diva balkanique, souriante, généreuse et cabalistique tout à la fois.

Un cliché que nourrit la biographie romanesque de la prima donna. Fille d'un père serbe cireur de chaussures et d'une mère turque, la jeune Esma quitte la maison familiale armée d'une seule robe et de ses talents dramatiques précoces, remarqués par le musicien Stevo Teodosievski, son futur compagnon. Ensemble, tous deux sillonnent les routes depuis plus de trente ans, jusqu'à la consécration d'une musique devenue, par la grâce d'une mode qu'ils n'ont jamais quêtée, l'expression idéale d'un folklore à l'éternelle verdeur. A Morges dimanche, Esma Redzepova reconduit en scène le quintette alerte de son dernier disque, l'ardent Chaje Shukarije.

Esma Redzepova, Beausobre, à Morges, di 24 nov. à 17h. Loc. Billetel. Rens. 021/804 97 16.

«Chaje Shukarije» (World Connection/RecRec).