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Au premier étage de l’exposition «Espèces d’images», une photographie d’un mur de La Havane avec un slogan castriste est collée sur les parois et court sur près de 30 mètres. Une création de Philippe Durand.

Photographie

«Espèces d’images»: un coup de pinceau dans le white cube

Une exposition collective au BAC, à Genève, interroge la photographie et ses formats, de manière intelligente et ludique

Contourner un mur et se trouver nez à nez avec un buffle. Guetter une vague à côté d’un tas de bois. Buter sur un portail. C’est à une promenade photographique et une expérience ludique que nous convient Sébastien Leseigneur et Delphine Renault au Commun du Bâtiment d’art contemporain, à Genève. Dans «Espèces d’images», le jeune commissaire et l’artiste «scénographe», qui préfère parler de «mise en espace», questionnent la photographie et ses représentations. Voyez plutôt.

A l’entrée, un mur entier est recouvert par un cliché de Pablo Réol: une jeune femme au sweat turquoise jogge dans un parc, le logo assorti des Nations Unies accolé à ses côtés. A quoi a-t-on affaire? Une publicité pour un monde meilleur? Un détournement? Mais c’est derrière le rideau imprimé d’une photographie de rideau – une œuvre de Nicolas Delaroche – que se trouve le plus intéressant. En face, au bout d’une sorte de long couloir crée par la structure d’une pièce plus petite dans la pièce, une porte noire et métallique qui donne immédiatement envie de la pousser. C’est une photographie de Giacomo Bianchetti, tirée de la série «Can I?». Durant les premiers mois de 2012, l’étudiant à l’école de photographie de Vevey, a entrepris de dresser un catalogue des entrées de multinationales sises en Suisse, comme Nestlé, UBS, HSBC ou Givaudan (LT du 24/02/2015). Plaçant sa chambre grand format et son trépied sur le domaine public, juste à la limite de la propriété des sociétés, il a consigné les réactions des gardiens, reproduites ici sur le mur. Mais juste avant d’atteindre le portail de Zurich Financial, il faut passer devant le buffle de Balthasar Burkhard, photographié à l’échelle 1:1. «Certains penseront qu’il n’est pas mis en valeur car il n’y a aucun recul pour l’admirer mais ainsi il paraît encore plus imposant et c’est ce que nous souhaitions», sourit Delphine Renault, expliquant que l’un des propos de l’exposition tourne autour de la notion d’échelle.

Au-delà des œuvres qui sont présentées, l’intérêt réside ainsi dans la manière dont elles le sont. Tirages classiques pour les œuvres de Patrick Tosani, des photographies de maquettes d’immeubles serties de photographies, dont on ignore parfaitement la grandeur réelle. Un mur garni de petits formats argentiques pour la collection de chiens de Thomas Cullum, «façon chambre d’ados qui interroge la notion de photographie amateure», souligne Delphine Renault. Il y a des chiens flous, des chiens mal cadrés, des chiens aux yeux rouges, des chiens secs et des chiens mouillés, des chiens en laisse ou en liberté, des chiens qui boivent et des chiens qui pissent.

Passé cet inventaire récréatif, l’ascension à l’étage réserve son lot d’émotions. C’est d’abord un mur que l’on aperçoit, ou plutôt la photographie d’un mur collée sur un mur – une création de Philippe Durand. 30 mètres de long, les couleurs de la Havane et un slogan castriste: «El partido es la vanguardia de la Revolucion». L’oeil suit les lettres sur la paroi et finit par embrasser la moitié de l’espace du deuxième étage. Mais il est happé par un autre regard. Celui de «Mamadou», vendeur africain ambulant, parasol vissé sur la tête, grand sac à carreaux posé derrière sa camelote étalée sur un tissu. La camelote? Sets de table, porte-clés, boules à neige et t-shirts ornés des œuvres ou du logo de l’exposition. L’installation est de Jeanne Moynot et là encore, l’échelle est à taille humaine. Puis c’est une image imprimée sur une bâche de 10 mètres de longueur par Maya Rochat et même pas déroulée. Ici, rien n’est sacralisé, loin, très loin des beaux tirages épinglés à l’intérieur des white cubes.

«L’exposition de photographie participe de façon très importante à la définition même du medium. Elle reste de mon point de vue un état essentiel de la diffusion et de la monstration d’images, estime Sébastien Leseigneur. Collaborer avec l’artiste Delphine Renault était un moyen de créer une nouvelle expérience pour le spectateur.» Lucarne recadrant une photographie affichée sur la paroi derrière, clichés de chantiers sérigraphiés sur une bâche transparente et ultra-fine, boîtes offrant divers plans au regard ou image reproduite sur 75 morceaux de bois entassés façon départ pour la déchetterie. Le tout sans légendes, mais avec un plan à disposition à l’entrée. Tout est pensé pour que le public laisse divaguer son oeil et son esprit, aller ses pas dans une direction ou une autre. Et si la sensation prime, la réflexion s’engage sur le statut de l’image et les effets de ses différents formats. Salutaire, dans un monde saturé.


Espèces d’images, jusqu’au 18 février au Commun du BAC, à Genève.

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