Parmi les patronymes germaniques qui ont été francisés, voici d'abord Joxe: cette famille française doit son nom à un ancêtre allemand, J(ohann) Ochs (bœuf, en allemand), qui fut d'abord romanisé en Jox.

Les Butticaz, Montreusiens depuis 1469, font figurer dans leurs armoiries une maisonnette (patois vaudois boutequa, boutique). En fait, leur nom serait une romanisation de leur premier lieu d'origine, le village argovien de Büttikon.

Les Abrezol, Oberlandais bernois arrivés au XVIIIe siècle sur la Côte vaudoise, sont d'anciens Aebersold, du germanique Haferzoll, mesure de capacité pour l'avoine. De même, les Baiche, assimilés à Saubraz (VD), sont venus de la vallée de La Lenk et s'appelèrent à l'origine Benz ou Bentsch (jars, mâle de l'oie).

Le patronyme Herbez (L'Abergement/VD dès le XVIIe siècle) n'a rien à voir avec l'herbe: d'origine flamande, il fut à l'origine Erber, puis Erbé (héritier, en germanique). Les Chaubert des bords du Léman sont d'anciens Schauber, puis Choberg, au Pays-d'Enhaut (germanique Carobehrt, «brillant»).

Stuby est une adaptation romande, dans le Jorat, d'un nom bernois, Stube (chambre, en alémanique). Pétremand, Peytermann et Pétermann, au pied du Jura, sont des francisations de Petermann (fils de Pierre); Haldimand, une francisation yverdonnoise, en 1694, de Haldimann, patronyme de la région de Thoune (habitant d'un versant).

Patronyme bavarois accueilli au XVIIIe siècle dans le Nord vaudois, Sangrouber (anciennement Sandgruber) signifie mineur, creuseur de sable. Les Berguerand bas-valaisans (anciennement Berguerantz, de Berger, montagnard) sont issus de Germains qui colonisèrent la région savoyarde de Chamonix-Vallorcine.

D'origine flamande (germanique Brand, feu, avec dans les armoiries un tronc d'arbre essarté et en flammes), les Brandt-dit-Grieurin sont devenus Neuchâtelois en ajoutant à leur nom un lieu-dit chaux-de-fonnier. Les Fleutry et Fleuty sont des branches romanisées des Fleuti de Saanen (BE) (allemand Flöte, vieux français fleutre, flûte, instrument qui figure dans les armoiries). Pfeuty et Pfeuti (Saint-Prex, XVIIIe siècle de Guggisberg (BE) est aussi une francisation de Flöte, flûte, sinon de Pfote, patte.

En patois valaisan, ruda signifie rude, mais la famille Rudaz, de Vex, descend plutôt des Ruden de Zermatt (anciennement Ruten, du germanique reute, rüti, essart, romanisé en Rudats). Riquen, à Ardon, vient du prénom Henri, Riquet (germanique Haimrik, maison puissante). Les Pradervand (anciennement Praderwand), arrivés à Payerne au XVIe siècle, doivent leur nom à un lieu-dit, Praderwan, «pré devant», à Tinterin (FR), village germanisé en Tentlingen.

Des familles alémaniques Stucki (pièce de terre) sont devenues Stoucky et Stouky en Suisse romande. Des Studer et Studemann bernois (du germanique staude, herbage; stadel, grange) se sont francisés en Stouder, Stoudmann et Stoudemann. Une famille de La Lenk (BE) a traduit son nom allemand en français en devenant Nutz-dit-Profit à Lausanne, en 1872.

Chaque semaine durant l'été dans le Samedi Culturel, Charles Montandon propose cette chronique sur les patronymes d'origine alémanique ou italienne implantés en Suisse

romande, avec des incursions du côté des patronymes romands d'origine étrangère.