Cinéma

«Les estivants» de Valeria Bruni Tedeschi, ou le charme bedonnant de la bourgeoisie

Valeria Bruni Tedeschi met en scène sa famille, ses problèmes sentimentaux, son mal de vivre et son nombril dans «Les estivants», une exaspérante autofiction de petite fille riche

C’est vraiment trop dur, la vie: la réalisatrice Anna (Valeria Bruni Tedeschi) se fait plaquer par son compagnon! Au début de l’été, qui plus est! Et juste avant qu’elle ne passe devant le CNC pour le financement de son prochain film! Cette terrible épreuve n’empêche pas la battante brisée de partir en vacances au bord de la mer, dans le château familial, où se blottit une petite cour de désœuvrés et de névrosés aisés: la mère pianiste, la sœur frustrée et son mari Jean (Pierre Arditi), incarnation replète du capitalisme sauvage, une aristocrate centenaire, un chanteur lyrique, un petit secrétaire fat et suffisant (Laurent Stocker, très crédible dans le rôle)…

A l’ombre des palmiers, la vie se décline en bavardages oiseux, longs apéritifs, anecdotes filandreuses relevées d’une touche de vulgarité, intermèdes vaudevillesques, repas riches et mornes péripéties que la cinéaste agence platement en scènes déconnectées les unes des autres…

A propos de «Folles de joie», en 2016: Virée au pays des normaux

La scénariste Nathalie (Noémie Lvovsky, coscénariste de VBT dans la vraie vie) rejoint l’élite lézardant. Anna, toujours en proie aux affres du chagrin d’amour, brise son smartphone et baffe le chef de gare qui l’empêche de retenir le train emportant l’être aimé… Ô sanglots bouillonnants! Ô déchirements de l’âme! Pendant ce temps, la canaille du corps de garde et des cuisines, pochetronne, se bagarre, copule, tire au flanc (les sangliers labourent impunément les plates-bandes…), casse la vaisselle… La satire sociale fait long feu: n’est pas Jean Renoir qui veut et Les estivants n’égale en aucun cas La règle du jeu.

Dans le brouillard

Après Un château en Italie, la blonde Valeria continue de creuser sa veine autofictive de petite fille née dans la soie. Elle se déchire et nous ennuie dans ce film qui ne sera jamais projeté sur les ronds-points où les «gilets jaunes» battent la semelle. Elle convoque à nouveau sa famille, sa mère Marisa Borini qui joue du piano pour de vrai, et Oumy Bruni Garrel, la fillette qu’elle a adoptée avec Louis Garrel (le salaud qui l’a abandonnée dans la vraie vie), pour invoquer encore l’esprit de Virginio, le frère disparu. Sa sœur Carla Bruni est interprétée par Valeria Golino – mais Pierre Arditi est trop mou en Sarkozy…

La scène finale a lieu sur le tournage du film autobiographique d’Anna. La machine à brouillard s’emballe. Valeria Bruni Tedeschi reste seule dans la brume, toute paumée. Elle est très crédible.

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«Les estivants», de et avec Valeria Bruni Tedeschi (France, 2019), avec Pierre Arditi, Valeria Golino, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, Laurent Stocker, Riccardo Scamarcio, 2h08.

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