Dans le monde grec ancien, La Théogonie d’Hésiode fait état de «trois puissances [qui] président à la naissance du monde: Chaos (Abîme) […], qui n’est ni le néant ni l’être mais qui porte le monde en puissance et en projet, Gaia (Terre) et Eros (Amour). Dès l’apparition d’Amour, Chaos suscite Nuit et Jour et Gaia tire d’elle-même Ciel (Ouranos), les Montagnes (Ourea) et la Mer (Pontos).»

Vue par les penseurs de la Grèce antique, la question des origines du monde prend une nouvelle orientation, particulièrement avec Platon: «Il est le seul à proposer […] une explication artificialiste, c’est-à-dire fondée sur le modèle de la fabrication artisanale. […] Pour Platon, il faut concevoir qu’un dieu, un «démiurge», ne crée pas le monde mais met en forme un matériau à la fois informe et parcouru de mouvements désordonnés, pour en faire un monde. Trois éléments préexistent donc au monde et sont éternels: le matériau dont il se compose, le démiurge et le modèle intelligible que vise ce dernier, tel un artisan.»

Pour les hindous, la création du monde repose sur un sacrifice: «Afin que quelque chose existe, sorte du néant, les dieux accomplissent un grand rite initial, où la matière première antérieure à l’apparition du cosmos est représentée comme une victime qu’ils découpent en un acte créateur. De son «corps» sortent d’abord la parole sacrée du Veda [le texte fondateur de l’hindouisme], puis les animaux, les classes sociales, la lune et le soleil, le ciel et la terre, les points cardinaux: «Ainsi furent réglés les mondes», conclut le mythe.»

Au Japon, la cosmogonie distingue trois séquences originelles: «Avant la dissociation du ciel et de la terre, alors que l’univers et une masse liquide et informe, les éléments subtils de la «materia prima» s’élèvent progressivement pour former le ciel, et les éléments impurs et grossiers se coagulent et stagnent pour donner la terre. Plusieurs divinités naissent spontanément du chaos: le dieu du centre du ciel (Ame no minika nushi no kami), les dieux de la fertilité (Musubi), le dieu de la terre, une divinité de la croissance végétale et une série de paires divines.»

Pour les Dogon du Mali, «le dieu créateur Amma, après une première tentative, recommença en gardant seulement les quatre éléments qui en étaient résultés (terre, air, eau et feu). Il créa alors par sa «parole» […] un placenta (l’«œuf du monde») et le féconda en y plaçant deux couples de jumeaux qui avaient la forme de silures, ce poisson étant l’image du fœtus humain. Le mâle de l’un d’eux […] finit par sortir seul et avant terme dans le monde extérieur, ce qui fut la première manifestation subversive de celui qui devait devenir le Perturbateur. Le créateur avait prévu des naissances gémellaires, et cette naissance unique fut la cause de l’introduction du désordre et de la mort dans la création.»

Chez les Aztèques, «les dieux sont faillibles et les mondes qu’ils ont créés meurent de leur imperfection constitutive», comme l’explique le mythe des Quatre Soleils: «Les Aztèques étaient réputés vivre sous le cinquième Soleil, car leur ère avait été précédée de quatre tentatives de création avortées: […] Le Soleil du Jaguar se termina dans la nuit perpétuelle: les jaguars sortirent de leur tanière pour dévorer tous les vivants. Le Soleil du Vent: un ouragan balaya la terre et les hommes furent changés en singes. Le Soleil de la Pluie: un déluge de feu qui fit périr l’humanité et les hommes furent changés en dindons. Le Soleil d’Eau: une inondation submergea la terre pour la noyer définitivement et les hommes furent transformés en poissons.»

Pour les Aborigènes, «le ciel, la mer et la terre sont […] un livre rempli de signes, qui, au cours des âges, s’est enrichi d’événements géologiques, climatiques, et d’expériences historiques collectives et individuelles. Les premiers navigateurs et arpenteurs de la terre avançaient sous forme de forces de la nature: Serpent arc-en-ciel séparant telle île du continent, Hommes éclairs formant des lits de rivière, Emeu géant ouvrant des vallées, marée de Prunes noires trouant des roches, deux sœurs Djungkao venues de la mer qui semaient et nommaient les espèces et les lieux en marchant.»

Le numéro spécial du Nouvel Observateur se consacre ensuite longuement aux incessants conflits entre la philosophie, les sciences de l’Univers et les religions, de «l’affaire» Galilée au «scandale» Darwin. Avant de conclure sur un chapitre consacré aux «nouveaux mystères de l’Univers», de la «Big Bang Story» aux «sources du vivant». Où l’on constatera que «chaque nouvelle réponse débouche sur des questions inédites» et que «tous nos vaisseaux spatiaux, toutes nos machines à explorer l’espace et le temps, tous nos ordinateurs […] buteront longtemps encore sur cette énigme: […] pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?»