Etats-Unis

Il était une fois Stonewall

Il y a cinquante ans, les émeutes déclenchées dans le bar new-yorkais de Greenwich Village ont marqué le début de l’émancipation de la communauté LGBT. L’anniversaire est célébré avec ferveur dans la Grande Pomme

Le 28 juin 1969 au petit matin, le quartier new-yorkais de Greenwich Village était particulièrement agité. Stigmatisés, des homosexuels, transsexuels et drag-queens décident de résister, ensemble, à une nouvelle descente de police dans le bar The Stonewall Inn. Cette fois, ce sont eux qui encerclent les policiers. Ce sera le début de six jours d’émeutes, qui marqueront à jamais l’histoire de la communauté LGBT.

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Aujourd’hui, le Stonewall Inn est toujours là, au 53 Christopher Street. Il est devenu une attraction touristique – Barack Obama l’a déclaré «monument national» en 2016 –, un lieu de pèlerinage, avec des soirées à thème. L’auberge affiche avec fierté son histoire comme foyer de résistance et de tolérance.

Pas de boissons alcoolisées

En 1969, l’homosexualité, jugée déviante, étant encore considérée comme illégale aux Etats-Unis, sauf dans l’Illinois. Déjà victimes de discriminations, les gays prenaient des risques en s’affichant dans des lieux publics et plus particulièrement au Stonewall Inn, qui était contrôlé par la mafia et accueillait toutes sortes de marginalisés, y compris des prostitués et des sans-abri. Les descentes de police étaient fréquentes. Il était interdit de servir des boissons alcoolisées aux gays et le fait que deux hommes dansent ensemble ou s’embrassent était considéré comme un acte immoral. Des agents infiltrés traquaient les homosexuels.

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Sauf qu’un nouveau vent de liberté et de contestation a commencé à souffler. Ce 28 juin 1969, près de 200 personnes se trouvaient dans les environs du bar quand la police est arrivée. Des bouteilles ont volé, la foule s’est épaissie, près de 400 policiers sont venus en renfort. Après des courses poursuites dans le Village et l’arrestation de treize personnes, les rebelles ont décidé de se donner rendez-vous le lendemain. Puis le surlendemain, et les trois jours suivants. Avec toujours plus de monde. La police voulait mettre fin au «ghetto gay»; les gays, lesbiennes, transgenres et travestis étaient déterminés à neutraliser la police et à affirmer leur fierté.

Grenouillère arc-en-ciel

Ces émeutes marquent le début d’un militantisme affiché pour la défense des droits des LGBT. Le terreau était favorable. C’est à cette époque, celle des manifestations pacifiques contre la guerre du Vietnam, que sont nés plusieurs mouvements de défense des droits civiques, comme les Black Panther, qui militent contre la ségrégation raciale.

Un an plus tard, le 28 juin 1970, New York et Los Angeles organisent les premières Gay Pride. Cette année, avec la World Pride et les 50 ans des émeutes de Stonewall, les festivités battent leur plein dans la Grande Pomme, avec des invités de marque comme Grace Jones ou Madonna. Les arcs-en-ciel, objet marketing par excellence pour incarner la fierté LGBT, se déclinent sous toutes leurs formes, y compris comme grenouillère pour bébés. L’homophobie reste pourtant encore marquée. Même à New York.

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