Elections américaines

«Les Etats-Unis sont racistes et machos»

Le photographe William Klein revient sur les élections présidentielles américaines et ses liens avec son pays d’origine

Il s’est couché à 4h30 ce matin, persuadé qu’Hillary Clinton allait l’emporter. William Klein a découvert l’élection de Donald Trump au réveil, un peu sonné. Il confie ses premières réactions au Temps, avec la télévision allumée plein pot sur le discours de la perdante.

Le Temps: Que vous inspirent ces résultats?

William Klein: Je suis évidemment surpris. Je pensais que Donald Trump n’avait sa place que dans une maison de fous. Les sondages se basent sur le vote populaire, or les gens qui ont inventé le système politique américain se méfient du vote populaire, ils ont donc imaginé ce recours aux grands électeurs. Le vote populaire donnait Clinton gagnante comme il avait donné Al Gore vainqueur face à Bush. C’est un système de merde. Quand la population vote blanc, le résultat devrait être blanc. Et en fait non; c’est dégueulasse.

Avez-vous peur de la suite?

- Peur, non. Quand l’Amérique a eu un président que je n’aimais pas du tout, qui était Bush, cela n’a pas tellement changé son comportement ni son système. Un président X ou Y finalement, ça ne change pas grand-chose.

Vous avez quitté les Etats-Unis à la fin des années 1940. Quels liens gardez-vous avec ce pays?

- Je me sens toujours Américain. Je suis un Juif new-yorkais, j’ai l’humour juif new-yorkais et cela s’exprime dans mes photographies et dans mes films je crois.

N’avez-vous jamais eu envie de retourner vivre outre-Atlantique, dès lors?

- J’ai été élevé dans une famille avec un père assurant que l’Amérique était ce qu’il y avait de mieux au monde. Il chantait les louanges des Etats-Unis mais j’ai découvert d’autres façons de penser en venant en France. Mon père avait hérité de la boutique de son père mais il a tout perdu dans le crash de 1929. Il a eu du mal ensuite à gagner sa vie. Il disait que l’Amérique était le pays des opportunités et je le voyais ramer pour nourrir sa famille.

Etait-ce vraiment plus facile en France?

- Cela dépend pour qui. Je vis de mon travail et j’ai toujours eu la possibilité de faire beaucoup de choses ici. Peut-être que je trouverais la vie moins facile si j’étais français.

Il y aura bientôt des présidentielles en France, où le populisme galope également. Cela vous préoccupe?

- Je connais peu la façon de penser des Français, je ne sais pas ce qui va se passer. Mais les élections américaines prouvent en tout cas que les Etats-Unis sont un pays raciste et macho. Les Américains n’aiment pas les femmes fortes, les femmes au pouvoir. Ils ont voté contre Hillary Clinton.

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