Le comédien franco-suisse Guy Tréjan avait l'esprit bucolique, lui qui adorait flâner du côté de Marchissy (VD), où ses grands-parents avaient vécu. Il était aussi capable de colère titanesque, surtout quand un malotru s'enquérait de sa future retraite. L'acteur vivait pour la scène, même s'il a titré son autobiographie Ma vie est mon plus beau rôle. Il s'était d'ailleurs donné des frissons inédits en 1997: pour la première fois, il avait accepté de jouer seul en scène, à Paris puis au Théâtre du Jorat à Mézières. Il était Jean-Jacques Rousseau dans Les Confessions d'un solitaire. Guy Tréjan confiait aussi avoir peur de la mort depuis toujours. Celle-ci l'a rattrapé jeudi à Paris. L'artiste avait 80 ans.

A quoi tient la vocation théâtrale de Guy Tréjan? Peut-être à l'aura d'une tante cantatrice, qui deviendra danseuse aux Ballets russes aux côtés de l'ange Nijinsky. Très jeune, Guy Tréjan quitte la Suisse pour retrouver Paris, sa ville natale, se fait appeler «Duléman» sur les scènes, puis s'installe à Genève, en 1944. Il cachetonne à la Comédie (qui a l'époque programme quatre pièces par mois), exerce son sens de la répartie avec l'explosive Pauline Carton, prête sa belle voix aux ondes pendant une dizaine d'années et retourne à Paris. Guy Tréjan y collectionne les têtes d'affiche boulevardière et les rôles à la télévision. Jusqu'à ce jour de 1973 où le Français Roger Planchon, dont les spectacles sont alors autant de coups de torchons sur les classiques, lui confie le rôle d'Orgon dans un Tartuffe qui fera date. Guy Tréjan alterne ensuite spectacles exigeants et comédies. Il décrochera le Molière du meilleur acteur en 1991 pour Heldenplatz de Thomas Bernhard.