le temps des séries TV

Ethique des crânes brisés

Le retour a été brutal. Pouvait-il en être autrement? Tandis que la RTS montre la troisième livraison ces temps, la série The Walking Dead est revenue le 13 octobre sur sa chaîne, AMC, pour une cinquième saison. Et ce redémarrage a eu de quoi enfoncer les spectateurs encore un peu plus en profondeur dans leur canapé. La violence de ce monde infesté de zombies n’a pas baissé d’un iota. Il faut dire que le feuilleton développé par Frank Darabont, d’après les bandes dessinées de Robert Kirkman, n’a jamais fait dans la dentelle. La saison jusqu’ici la plus proche, la quatrième, avait eu son lot de massacres de morts-vivants, en particulier après qu’ils ont fait ployer, puis céder, les barrières de la prison dans laquelle le groupe principal de l’histoire s’est réfugié.

Passé les frissons de sang – de défunts – giclant en tous sens, on peut se laisser fasciner par cette répétition du thème visuel principal de The Walking Dead: le fracassement de crânes. Puisque ces pestilentiels macchabées ne peuvent être neutralisés que par la caboche, il faut talocher au plus haut niveau. Et les balles étant précieuses, on brise des fronts à la pelle… ou à la machette, au sabre, à la lame dans l’œil, voire toute autre manière de fendiller l’os frontal et ce qu’il abrite.

Un épisode douillet de The Walking Dead comprendra deux à trois modestes brisures de têtes décomposées. La bonne forme générale pourra faire monter le score à une dizaine, voire bien davantage dans le cas où des armes à feu sont utilisées.

Cette constance dans l’opération, cette manière qu’ont auteurs et réalisateurs de montrer sans cesse le nécessaire acte de neutralisation des cadavres qui déambulent, finit par composer un motif esthétique. Une série fonctionne par le retour de dilemmes, d’oppositions ou de rapprochements entre personnages; le percement de têtes au couteau constitue un rappel constant de la cruauté des temps. Il construit même l’éthique interne de la série. Au moment où ces drôles de vivants, qui se trouvent dans une situation quand même un peu délicate, se divisent puis se combattent une fois encore, un scalp latéral, et net, situe à nouveau la frontière entre ce qui est humain et ce qui ne l’est plus. Au-delà du ricanement gore des massacres faciaux, le geste replace la frontière permanente de ce monde-là.