«...Et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête», a fameusement noté Pascal, qui s'y connaissait en turpitudes humaines. A sa manière, illustrative, Etienne Delessert est également un redoutable connaisseur des grandeurs et faiblesses qui nous animent, une flèche vers le ciel, une flèche vers la fange. Il n'a pas son pareil pour dessiner d'élégantes silhouettes qui suintent d'inquiétude, comme si les couleurs chaudes de son pinceau se refroidissaient plus que nature au séchage. La rondeur de Delessert est trompeuse, et c'est bien cette qualité ambiguë qui est mise en avant dans sa nouvelle série d'aquarelles (une trentaine) et de peintures sur bois (une dizaine) exposée depuis peu au château d'Avenches.

Poisseux de mélancolie

Après des prophètes, des charlatans, des masques ou des oiseaux de proie, l'illustrateur vaudois a mis des anges sur son chevalet, sans se faire d'illusions: «J'ai voulu scruter le visage des anges, dit-il, mais je ne suis pas sûr qu'ils nous attendent quelque part; sans hommes, pas d'anges!» Il en résulte une suite d'êtres certes ailés, mais poisseux de mélancolie, ou alors en pétard contre on ne sait trop qui ou trop quoi, peut-être le simple fait que nous les regardions. Les couleurs dissonent, le trait virevolte, mais les anges ne passent pas. Ils restent là, taciturnes ou hébétés, trop fatigués pour s'en aller ailleurs, eux qui d'habitude n'arrivent que pour repartir aussitôt. Ils n'en oublient pas pour autant d'être beaux, surtout lorsqu'ils prennent la forme de papillons à peine sortis de leurs chrysalides.

Fasciné par les lépidoptères

Etienne Delessert est fasciné par les lépidoptères, lesquels, remarque-t-il, «disparaissent si vite après s'être attardés près de nous quelques secondes, et qui sont parfois capables de traverser les continents». En fait, il ne nous étonnerait pas que le dessinateur aime surtout les ailes, ces excroissances gracieuses qui arrachent un instant les vivants à la gravité terrestre.

«Des Anges», Étienne Delessert. Galerie du château d'Avenches (VD). Me-di 14-18h,

jusqu'au 5 décembre. Rens. 026/675 33 03.