Händel a dû être touché par la grâce divine quand il composé Le Messie en moins d’un mois ! Son oratorio le plus célèbre est une habile évocation du Christ – sur un livret de Charles Jennens – à travers la nativité, son ministère, la Passion et la Résurrection. On y trouve des chœurs absolument superbes entrelacés à des airs non moins inspirés confiés aux quatre voix solistes. On sait que Händel a fait une refonte de plusieurs pièces antérieures pour composer cet oratorio aussi vite.

Longtemps, l’œuvre a été jouée avec des grands effectifs. Depuis une trentaine d’années, on revient à des effectifs plus restreints sous l’impulsion des musiciens baroques, et c’est précisément avec un ensemble d’une trentaine de choristes que Trevor Pinnock a choisi de diriger l’œuvre jeudi soir au Victoria Hall de Genève. Magnifiquement engagés, chantant avec une justesse confondante, la Zürcher Sing-Akademie (le seul chœur professionnel de Suisse !) a emballé le public venu nombreux.

Au top des instruments d’époque

Quant au Freiburger Barockorchester, cet ensemble fondé à la fin des années 80 à Fribourg-en-Brisgau figure au top des formations sur instruments d’époque. Emmenés par Trevor Pinnock dirigeant debout au milieu de la scène, depuis son clavecin, ces musiciens rivalisent d’énergie et de poésie. La finesse des inflexions, la transparence des sonorités, la nervosité qu’ils insufflent aux passages les plus dramatiques permettent de savourer toutes les facettes de l’œuvre.

Dès «l’Ouverture» instrumentale, Trevor Pinnock imprime un souffle fluide à la musique. Ses gestes sont souples, ronds, à la manière d’une chorégraphie, comme pour animer le mouvement de l’intérieur. Il souligne de sa main gauche au clavecin la ligne de la basse tout en dirigeant de la main droite ; parfois il dirige à l’aide des deux mains. Il soigne les climats de chaque air, les ruptures de ton, ponctuant le discours de quelques silences bien habités, sans jamais précipiter le mouvement.

Diction remarquable

Cette élégance, on la retrouve dans la prestation des choristes. La diction est remarquable, chaque section vocale à la fois distincte et fondue. L’ «Hallelujah», à la fin de la deuxième partie, est jubilatoire à souhait (excellentes trompettes et percussion). D’autres passages sonnent plus mystérieux, plus recueillis. Parmi les quatre solistes, le soprano lumineux de Rachel Redmond est un pur bonheur! La cantatrice écossaise, enceinte, livre un «Rejoice greatly» radieux. Son dernier air «If God be for us» respire la même musicalité, à la fin simple, fruité et expressif.

On apprécie le ténor juvénile de James Way, tour à tour tendre, suspendu et vaillant. La basse Ashley Riches est un phénomène. Mesurant près de deux mètres, il chante d’une voix qui n’est pas toujours belle, un peu anguleuse et rocailleuse par moments, mais il se met au service du texte. Le grand air «The people that walked in darkness», sur des cordes rampantes, est magnifiquement mystérieux. Ashley Richles sort le grand jeu pour «The trumpet shall sound».

Cette voix d’airain, très sonore, contraste avec le velours qu’il est par ailleurs capable de produire. L’alto Claudia Huckle possède un timbre envoûtant aux couleurs ambrées. Seul bémol: ce timbre est un peu court dans les graves. On rêverait d’un contralto plus profond dans «He was despised», lequel traîne un peu en longueur.

Le dernier «Amen» en forme de fugue parachève une soirée réjouissante et émouvante qui s’est terminée peu après 23 heures. Salve d’applaudissements dans la salle avant d’aller se coucher au son de cette merveilleuse musique.