C’est un scoop. Pas tonitruant, mais tout de même accrocheur. Pour la première fois, la très populaire Eugénie Rebetez ne se produira pas seule en scène, dans une de ses sagas mouvementées et amusées de sa propre vie, mais à trois. Avec le comédien et nouvelle coqueluche Victor Poltier et le musicien intrépide Pascal Lopinat. Cette création qui évoquera, en filigrane, la récente maternité de la danseuse se déroulera à Lausanne, sur la scène universitaire de la Grange de Dorigny. Venue avec son compagnon Martin Zimmermann voir Catherine Germain, une amie clown y jouer, la diva de Mervelier a succombé au charme de la bâtisse en bois. Sa pièce, Nous trois, à découvrir dès le 22 novembre, sera un des temps forts d’une saison où l’on trouve aussi les noms appétissants d’Antoine Jaccoud, Jean-Luc Bideau et Fabrice Gorgerat. Les codirectrices Dominique Hauser et Marika Buffat présentent le menu.

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Un théâtre dans une université, c’est, forcément, une scène ouverte aux étudiants – ils peuvent voir les 13 spectacles pour 30 francs et ont leur festival de théâtre universitaire, Fécule, en mai. C’est aussi un lieu tourné vers les professeurs dont les cerveaux sont sollicités autour d’une thématique. Après «la guerre» qui a longtemps occupé le campus, les chercheurs plancheront sur l’«anonymat» en lien avec la présence, en résidence, du metteur en scène et commissaire d’art brut Gustavo Giacosa. Tantôt l’anonymat qu’on subit, comme celui des artistes bruts invisibilisés, tantôt l’anonymat qu’on souhaiterait, mais qui est désormais hors de portée, comme celui de nos données personnelles diffusées par le big data. Un historien de l’art, un philosophe en médecine, un professeur de littérature, une sociologue et un spécialiste des sciences politiques figurent notamment parmi les contributeurs à ce vaste débat dont le résultera fera l’objet d’une publication, d’une exposition et d’un spectacle en 2021.

Bouc émissaire et punching-ball

Bien avant, plusieurs rendez-vous croustillants. Gian Manuel Rau ouvre la saison ce samedi avec Schmürz, un spectacle dada sur la figure du souffre-douleur. Le Schmürz selon Boris Vian, c’est ce monstre étrange sur lequel chacun se défoule quand la frustration le saisit. Gian Manuel Rau donne une version «allumée» de cette partition qui raconte «comment une famille voit son univers domestique se rétrécir sous le poids des contraintes sociales». Le spectacle passera aussi du 7 au 15 novembre à la Comédie de Genève.

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Un autre moment qui promet? On saute directement au titre qui suscite le plus de curiosité. Le sexe, c’est dégoûtant, prétend le cinglant Antoine Jaccoud. Dans cette nouvelle pièce, l’écrivain lausannois s’amuse à confronter deux couples autour de l’échangisme. Un couple d’initiés, vieux de la vieille de la discipline et un couple de novices qui, après coup – c’est le cas de le dire –, raconte son intronisation dans le vaste univers du freestyle. Matthias Urban dirigera Shin Iglesias, Antonio Troilo, Roberto Molo et Isabelle Caillat dans ce jeu de miroirs et autre palais des glaces salace. A découvrir du 31 janvier au 8 février.

Collapsologie et espoir

Pas facile à résumer, mais toujours passionnant. Fabrice Gorgerat continue à parler de la collapsologie, cette science qui étudie l’effondrement de notre société, tout en conservant l’espoir. Imaginé avant la vague verte qui vient de déferler sur le parlement fédéral, Peer, ou nous ne monterons pas Peer Gynt pose la question de «la réalisation de soi alors que nous vivons dans un univers rétréci et mourant». Ou comment, sur les pas du héros imaginé par Ibsen, croire en quelque chose alors qu’on est au bord du néant? Comme de coutume, le metteur en scène lausannois travaille avec le dramaturge Yohann Moreau et une équipe fidèle et joliment fêlée de comédiens dont les inégalables Fiamma Camesi et Albert Khoza. Le collapse aura lieu du 25 au 29 février.

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La Grange de Dorigny qui «affectionne les textes forts» ouvre encore son plateau à Vincent Bonillo qui monte à sa manière, cinglante et physique, Tableau d’une exécution d’Howard Barker (du 7 au 10 novembre). Elle accueille aussi les comédiens congolais du très puissant Théâtre des Intrigants (du 12 au 15 décembre) et sourira avec le Rust Roest Kollectif face à une nouvelle version d’Othello (du 5 au 7 décembre). Enfin, du 13 au 15 mars, Anne-Frédérique Rochat questionnera dans Les Veilleuses la pression de la maternité qui pèse sur les jeunes femmes et tout ce que la société met dans ce sacro-saint objectif bébé.

Et Jean-Luc Bideau, alors? On le retrouvera les 12 et 19 novembre, lisant un texte sur la figure de Comenius, un «grand philosophe et pédagogue qui plaida toute sa vie la cause de l’instruction et de la paix». Mystérieux et tentant.


La Grange de Dorigny, Lausanne, campus universitaire. Schmürz, du 26 octobre au 2 novembre, Grange de Dorigny. Du 7 au 15 novembre, Comédie de Genève