«Parlez d’elle dans vos parlements, répandez la bonne parole, vantez Europeana!» Le ministre de la Culture danois, Uffe Elbæk, semblait faire mercredi l’article d’une belle inconnue insuffisamment regardée. Cette discrète fille de l’Europe, sa bibliothèque numérique*, a été inaugurée fin 2008 avec 2 millions de documents.

Près de quatre ans plus tard, Europeana a pris du coffre, se démultipliant pour atteindre les 23 millions d’objets numérisés, provenant de 2200 bibliothèques et musées de 33 pays. Mercredi, symbolique anniversaire de l’Europe, un séminaire était organisé à Bruxelles pour envisager l’avenir du portail multilingue.

Considéré comme une réussite, cet outil patrimonial est de fait assez peu connu. Europeana n’enregistre guère, vu l’audience potentielle, qu’un peu plus de 4 millions de visiteurs annuels, et manque de moyens. Elle est financée à la discrétion des pays membres (21 ont abondé à ce jour) et par la Commission.

«Il est vital qu’Europeana soit reconnue comme une plateforme de services, a défendu Bruno Racine, président d’Europeana depuis octobre et de la Bibliothèque nationale de France. Il faut veiller à ce que sa viabilité financière à long terme soit assurée, et qu’elle ait sa place dans le dispositif Connecting Europe Facility 2014-2020 [fonds destiné à financer des projets transfrontaliers, ndlr].»

Partenariats public-privé

Dans son discours retransmis, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, retenu à Paris, a réitéré une recommandation émise en 2011 sur l’incitation aux partenariats public-privé, qui «feront avancer la politique culturelle européenne et le développement d’une politique économique basée sur le traitement des données numérisées».

Objectif chiffré de Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission et chargée de l’agenda numérique: «Je souhaite 30 millions d’objets numérisés en ligne d’ici à 2015», ajoutant qu’il «faut compter sur le secteur privé et une législation sur le copyright».

Elle a cité en modèle de partage et de démocratisation le programme d’Europeana qui a déjà collecté plus de 400 000 documents sur la Première Guerre mondiale amenés par les citoyens et a annoncé le lancement de Hack4Europe 2012, compétition qui encourage les créateurs à imaginer des applications inspirées directement de la matière d’Europeana.

*www.europeana.eu