Une cité en effervescence à la nuit tombée. Des grappes de jeunes gens sillonnent à vive allure les rues du centre-ville entre vélos et canaux, pénètrent et sortent des dizaines de cafés et clubs bondés qui le quadrillent. Chaque année à la mi-janvier, la grande ville étudiante de Groningen, au nord des Pays-Bas, se métamorphose en grand bazar du rock et de la pop continentale. Pas moins de 350 artistes en provenance de 32 pays européens se sont produits à l’enseigne de festival Eurosonic Noorderslag, dont la 30e édition s’est tenue du 13 au 16 janvier. Et près de 4000 professionnels, dont 400 festivals internationaux, ont fait le déplacement en quête des talents qui feront l’actualité de l’année à venir ou assister aux 150 conférences, ateliers ou rencontres focalisés sur l’industrie musicale.

Un programme étourdissant, de jour comme de nuit, rassemblant 40’000 personnes, et où se sont distingués par le passé des artistes comme Temples, Soak Jake Bugg, Ibeyi. En 2016, comme par le passé, programmateurs, promoteurs, organisateurs, managers, journalistes sont venus faire leur marché à Eurosonic. La France y a dépêché des artistes comme Jeanne Added ou Jain, la Belgique Oscar and The Wolf ou Marble Sounds, la Grande-Bretagne C Duncan, Charlotte OC ou Frances. Côté suisse, les programmateurs de Paléo ou Montreux y ont butiné quelques nouvelles fleurs alors que le pop-rock de Bastian Baker, le psychédélisme de Fai Baba, le punk-rock des Chikitas, l’electro de Verveine, la pop de James Gruntz et les expérimentations de Ingrid Lukas ont tenté de briller en espérant pouvoir élargir leur horizon scénique.

«Eurosonic est un marché qui concentre tant de professionnels de la musique et du spectacle que c’est une opportunité à ne pas manquer pour un artiste. Même si la concurrence est évidemment très vive», relève Bastian Baker qui s’est ainsi déjà rendu à Groningen la veille de son concert en compagnie de son manager pour assurer le service avant vente via une interview radio et un showcase télé. «Comme mon dernier album va être publié en Hollande au printemps, ce concert est aussi l’occasion de séduire des promoteurs pour monter une tournée par la suite.» S’il est encore trop tôt pour estimer les retombées de la prestation énergique de Baker dans le théâtre Stadsschouwburg, le chanteur vaudois et son groupe ont en tous les cas séduit en 45 minutes chrono le nombreux public présent, charmé par leur fibre pop mélodique.

A Eurosonic, au vu de l’affiche gargantuesque et de la fréquence de rotation éclair du public et des professionnels, il s’agit pour les artistes de faire prestement leurs preuves sur scène. A ce jeu-là, le déroulé de la setlist s’avère capital et de mauvais choix fatals. Dans cet exercice périlleux, on a pleinement succombé aux prestations décapantes des Belges de Fùgù MANGO et des Italiens de Go! Zilla. Le groove des premiers, quelque part entre Talking Heads et ESG, mêle afrobeat et indie pop de façon aussi nonchalante qu’irrésistible, tandis que les seconds, plus proche de Nirvana ou Dinosaur Jr., télescopent fougueusement punk, garage, stoner, pop et rock californien avec un sens consommé du psychédélisme lysergique et des mélodies hypnotiques.