«La Wally», si raffinée, si maîtrisée»

Lyrique Le chef milanais Evelino Pidò interprétera l’ouvrage pour la première fois avec l’OSR. Il explique pourquoi cette musiquele touche tant

L’opéra d’Alfredo Catalani n’a jamais été donné au Grand Théâtre. Avant-goût

C’est une première. Pour lui qui sillonne l’univers lyrique depuis un bon quart de siècle, découvrir La Wally d’Alfredo Catalani aura été une belle rencontre. Et la preuve qu’on n’en finit jamais avec la nouveauté, pour peu que l’on garde la curiosité et l’appétit en éveil. ­Evelino Pidò, chef reconnu dans le répertoire de l’opéra italien, aborde la partition de son compatriote avec une fraîcheur d’esprit intacte. Sans a priori, ni tabou, ni complexes. Rencontre avec un musicien ­enthousiaste.

Le Temps: Comment définissez-vous les contours de cet ouvrage?

Evelino Pidò: Il s’inscrit dans une partie du mouvement vériste dont Puccini est le plus célèbre représentant. Mais j’apprécie de plus en plus d’autres compositeurs moins connus, comme Francesco Cilea, par exemple, et Alfredo Catalani qui, avec sa Wally, m’a permis de découvrir des aspects différents. Ce n’est pas un hasard si le grand chef Arturo Toscanini a choisi de donner ce prénom à sa fille…

– Quelles sont les particularités qui vous semblent les plus remarquables?

– La richesse de la partition est étonnante. Elle s’appuie sur une dimension harmonique très élaborée et le seul air, rendu célèbre par le film de Jean-Jacques Beineix, «Ebben? Ne andrò lontana», déroule une mélodie particulièrement heureuse. La nature occupe une place prépondérante. L’influence de Wagner est indiscutable dans le déroulement des accords et l’élaboration des tensions. C’est une écriture particulièrement maîtrisée et raffinée, à l’opposé du pompiérisme. Elle met en valeur les situations et les personnages avec délicatesse, mais de façon très fouillée. Tout est minutieusement décrit et explicité, les intentions soulignées et les didascalies très précises. On entre en profondeur dans l’âme des protagonistes. J’avoue avoir été saisi par l’émotion à plusieurs reprises. Cette œuvre m’a absolument séduit et elle me touche sincèrement.

– Comment travaillez-vous une nouvelle partition?

– Je n’écoute jamais rien avant. Pour ne pas avoir de repères ou d’influences. Je lis beaucoup et me documente le plus possible sur les pratiques, le style ou l’environnement artistique, politique et social de l’époque. Je travaille en détail et, quand mon empreinte est définie, je peux écouter d’autres versions.

– Vous avez dirigé sept ouvrages à Genève. Quels rapports entretenez-vous avec la ville?

– J’y suis très attaché. La ville est belle, le lac apaisant. Et, surtout, j’y ai vécu, tant avec l’orchestre qu’avec les équipes, les directions ou les artistes, des moments très forts dans des opéras marquants.

– Italiens, toujours. Votre réputation est liée à ce répertoire.

– C’est absurde. Je suis musicien, pas représentant de mon pays. J’ai étudié à Vienne et ai beaucoup dirigé des opéras autrichiens, allemands ou français. Mais il y a une certaine facilité à coller des étiquettes…

– On vous retrouve majoritairement dans le domaine lyrique. Par choix?

– Pas du tout. C’est le marché et les calendriers qui veulent ça. Je ne demande pas de partager mon activité avec seulement 20% de symphonique. J’ai besoin des deux, mais pas forcément dans ce rapport.

– Que vous inspirent le baroque et le contemporain?

Je ne suis pas un musicien de chapelles. Si je reconnais que la recherche peut ouvrir des réflexions et des pistes d’interprétation, je préfère évoluer dans un univers ouvert. Il est hors de question pour moi d’être un serviteur de la croche. Je veux parler la langue musicale et offrir au public la magie de notre monde, en explorant le plus large spectre possible de chefs-d’œuvre.

– Vous vous réservez des plages de temps sans diriger. Pourquoi?

– L’existence est un souffle. Je m’arrête pour vivre. Quatre mois au minimum, six au plus. Pour rechercher aussi, puis revenir ressourcé et fortifié. Les voyages épuisent, même si nous sommes des gitans de luxe. Je m’ancre par périodes, pour mieux repartir.

Grand Théâtre, les 18, 20,24,26 et 28 juin à 19h30. Le 22 à 15h. Rens. 022 322 50 50, www.geneveopera.ch