Musique

«Everything is love»: l'album de la rédemption pour Beyoncé et Jay-Z

Le couple star de la musique a créé la surprise en annonçant sur scène à Londres samedi soir la sortie d'un nouvel album commun composé de neuf titres, avec, dans la foulée, le clip de leur nouveau single «Ape**t»

Ils se tiennent hiératiques devant la «Joconde», costumes lavande et turquoise. Puis posent devant «La victoire de Samothrace», elle en robe blanche vaporeuse, incarnation moderne de la déesse Niké, lui en blaser blanc croisé, tous deux échos vivants aux oeuvres d'art. The Carters, aka Beyoncé et Jay-Z, couple terrible de la scène musicale contemporaine, sont passés maîtres dans l'art des secrets bien gardés. En témoigne la sortie aujourd'hui de leur nouveau clip, «Apeshit», tourné dans un Louvre privatisé au mois de mai, sous la direction de Ricky Saiz. Mais aussi, peu avant, avec l'annonce surprise de leur dernier album commun «Everything is love» sur la plateforme de streaming Tidal, propriété du duo lancée en ligne en 2015. C'était ce samedi soir 16 juin à l'issue d'un concert au London stadium, date s'inscrivant dans la tournée mondiale «On the run II»... Et internet déjà s'embrasait. 

Pour la diva, ce dernier album est une occasion de plonger encore davantage dans l'univers du rap. A grand renfort d'autotune, logiciel correcteur de la tonalité, Beyoncé scande: I can't believe we made it, This is what we're thankful for, Have you ever seen the crowd goin' apeshit? (Je ne peux pas croire que nous l'ayons fait, c'est pourquoi nous sommes reconnaissants, avez-vous déjà vu une foule se lâcher?), alors que Monsieur en profite pour régler quelques comptes avec l'industrie musicale, en taclant les Grammy Awards, la plus importante récompense du milieu, devant «Le radeau de la Méduse», manifeste romantique de Géricault. Nommé dans huit catégories différentes en février dernier, le chanteur, 48 ans, (810 millions de dollars de fortune) était reparti sans aucune statuettes.

Hommage aussi au mouvement Black Lives Matter, avec ces plans où se dessinent des silhouettes agenouillées en signe de protestation. Jay-Z toujours: I said no to the Superbowl, You need me, I don't need you, Every night we in the endzone, Tell the NFL we in stadiums too (J'ai dit non au Superbowl, vous avez besoin de moi, pas moi, dites à la National Football League que nous sommes aussi dans les stades). Puis ce couple d'amants noirs, enlacés, miroirs à la toile peinte en 1855 par Ary Scheffer, «Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile».

Formidable coup marketing, l'album sonne par ailleurs comme un hymne à la réconciliation pour le couple dont les déboires sentimentaux n'ont cessé d'alimenter les tabloïds. 

Dans ce qui pourrait apparaître comme une thérapie de couple bien orchestrée, l'acte un était incarné par «Lemonade», album solo de Beyoncé sorti en 2016, où la chanteuse annonçait les infidélités de Jay-Z, avant que le rappeur ne demande rédemption dans son propre album «4:44», acte 2. «Everything is Love», se veut grand final, une célébration de la résilience et de l'amour, un ultime opus, dont les paroles, à grand renforts de détails sur leur vie privée, laissent suggérer que leur relation s'est sensiblement améliorée. I can't believe we made it...  

Publicité