Série TV

«Everything Sucks!»: la nostalgie à tout prix

Nouvelle production originale de Netflix sortie vendredi, la série plante son décor dans un lycée des années 1990. A l’image du grand succès «Stranger Things», «Everything Sucks!» fait appel à la nostalgie pour séduire les «millennials». Insuffisant

«Voici les nouvelles matinales de ce vendredi 27 septembre 1996.» Sur l’écran cathodique d’un téléviseur, deux élèves présentent le bulletin du jour à leurs camarades, air dissipé et moues renfrognées. Avant que le proviseur ne débarque en costume de castor pour souhaiter la bienvenue aux nouvelles recrues de l’établissement, le lycée américain de Boring, Oregon.

Cette première scène, des plus anodines, permet de planter fissa le contexte temporel de la série. Et qu’on se le dise, la précision était parfaitement inutile: on le sent très vite, Everything Sucks! (qu’on pourrait traduire par Tout ça, ça craint) transpire les nineties. Elle en dégouline, même.

En quelques secondes, on aperçoit: les coin-coin, les petites figurines de trolls aux cheveux fluos, les bracelets qui s’enroulent autour du poignet, les Walkman grésillants, les t-shirts tie & dye, les chouchous colorés… bref, un condensé légèrement cliché d’une cour de récré des années 1990. Et un bon résumé de ce que cette nouvelle série originale de Netflix, sortie vendredi dernier, a à offrir: de la nostalgie en barre, sucrée et distrayante. Et c’est à peu près tout.

Popularité et homosexualité

Car le scénario fait malheureusement lui aussi dans le rétro, à savoir du vu, revu et re-revu. En gros, une histoire d’ados en quête d’identité, d’amour et de popularité, déballée sur dix épisodes d’une vingtaine de minutes. On y suit Luke, Tyler et McQuaid, un trio de geeks en première année de lycée, qui intègrent le club d’audiovisuel en espérant s’y faire des amis et séduire les filles. C’est là que Luke, as de la caméra (une bonne vieille Panasonic 456), tombe sous le charme de la timide Kate, fan inconditionnelle de Tori Amos… et fille du proviseur du lycée. C’est ballot. Sans compter que celle-ci se débat avec ses propres doutes, tentant d’accepter, et de faire accepter, son homosexualité.

Peinant à trouver son ton, mi-comique, mi-initiatique, Everything Sucks! ne lésine pas non plus sur les stéréotypes propres aux fictions adolescentes: on y cause donc virginité, jeux de la bouteille et premières cuites à la bière cheap; on retrouve l’éternelle blonde extravagante, star du club de théâtre qui se révèle bien plus sensible qu’elle n’en a l’air; on voit naître une romance secrète entre deux parents d’élèves; avant de clore le tout par le bal de fin d’année. Au risque de ressembler à un copié-collé d’anciennes séries américaines comme Freaks and Geeks ou My So-Called Life… sorties dans les années 90, justement.

Télécommandes façon planches à pain

Du réchauffé qui trouverait donc une raison d’exister dans sa seule capacité à remonter le temps: tel semble être le parti pris de Netflix qui, rayon nostalgie, n’en est plus à son premier tour de piste. Même si son télérétroviseur s’était, jusqu’à présent, plutôt braqué sur les années 1980: Stranger Things (2016), GLOW (2017) ou encore Dark (2017), ces séries mettent toutes en scène la décennie des blousons en jeans et de E.T. Pari réussi. Même les jeunes générations se laisseront charmer par des eighties glamorisées qu’elles n’ont pas connues.

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Avec Everything Sucks!, les scénaristes Ben York et Michael Mohan jouent de la nostalgie pour tenter de séduire leur public cible, les Millennials, biberonnés aux Game Boys et aux Spice Girls. Alors la série, forte d’une esthétique granulée et saturée vintage, enchaîne les références à la pop culture de l’époque: de l’appareil photo jetable à Forrest Gump, des sacs à dos aux chemises à carreaux (avant qu’ils ne deviennent hipster), des balbutiements d’Internet aux télécommandes épaisses comme des planches à pain… Sans oublier la bande-son 100% années 1990, passant des tubes d’Oasis aux «nah nah nah» de «Here Comes the Hotstepper». Les clins d’œil feraient sourire s’ils n’étaient pas aussi grossièrement appuyés.

Mais tout ne craint pas à Boring (la municipalité existe vraiment). Les jeunes acteurs, qui pour une fois font leur âge, sont bien dans leurs baskets. Le thème du coming out est plutôt finement amené et il résonne particulièrement dans l’Amérique conservatrice de Bill Clinton, qui adoptait en 1996 le Defense of Marriage Act, loi limitant la reconnaissance de l’union maritale aux couples hétérosexuels. Quant à la caméra, omniprésente, elle illustre de manière touchante l’émancipation adolescente à travers la mise en scène de soi.

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