Festival

A Evian, le bois se remet à chanter

L’ancien festival créé en 1976 et repris sous l’appellation de Rencontres musicales par Mstislav Rostropovitch en 1993 réapparaît après 13 ans de silence. Le Quatuor Modigliani est aux commandes artistiques

La deuxième vie des Rencontres d’Evian

Festival Le célèbre festival de musique renaît avec le Quatuor Modigliani aux commandes

Les bouleaux du fond de scène et les lustres en cristal vont recommencer à vibrer sous les notes festivalières. Les Rencontres musicales d’Evian-les-Bains vont réinvestir l’incroyable Grange au Lac savoyarde. Voilà bien la plus réjouissante des nouvelles classiques du moment. Car une renaissance représente toujours quelque chose d’émouvant. Surtout pour une manifestation dont le rayonnement et le charme ont porté loin la renommée de la région voisine.

Pour ceux qui ont connu la fin du grand rendez-vous musical en 2001, son renouveau ravive les plus beaux souvenirs, et donne à rêver au meilleur. Pour les autres, les échos du glorieux passé initié en 1976 résonnent d’emblée sur un avenir prometteur. Le retour du festival de musique en juillet prochain, après treize ans de silence, soulève ainsi les espoirs du public d’aujourd’hui et enchante les nostalgiques d’hier. Deux bonnes raisons de se lancer dans l’aventure.

Le jeune Quatuor Modigliani les a saisies au vol quand le fils d’Antoine Riboud leur a proposé de relancer le festival de musique créé par son père en 1976. Reprise ensuite par le célèbre violoncelliste Mstislav Rostropovitch en 1993 sous l’appellation de Rencontres musicales, la manifestation a été interrompue en 2001. Depuis, le président du groupe Danone a mené à bien un autre projet d’envergure. Il avait abandonné le prestige musical du projet originel au profit de l’autre activité historique d’Evian: le golf. Aujourd’hui incontournable après l’organisation de 18 Masters, le tournoi est devenu Championship en 2013. Le premier Majeur d’Europe. Ce pari relevé, il était temps pour Franck Riboud de revenir aux sources musicales paternelles.

La magie du lieu

Le président a donc confié aux jeunes musiciens du Quatuor Modigliani le soin de replacer les Rencontres musicales au centre de l’échiquier festivalier. Comme le veut la tradition d’un tel ensemble, c’est à une seule voix que les quatre interprètes s’expriment. Pourquoi ces mousquetaires de l’archet, âgés de 30 à 34 ans, ont-ils été les heureux élus? Le premier violon Philippe ­Bernhard, son collègue Loïc Rio, l’altiste Laurent Malfaing et le violoncelliste François Kieffer parlent d’une forme «d’évidence».

Un soir d’il y a deux ans, le directeur de l’Evian Resort leur réserve une «petite surprise» après un concert. Il les emmène, de nuit, à la torche, visiter la salle en pin et cèdre rouge nichée au cœur du parc planté de mélèzes. Construite par Patrick Bouchain en 1993, la «Datcha» offerte à Slava par son ami Antoine Riboud n’a l’air de rien de l’extérieur. Elle se découvre presque par hasard dans les bois. La porte franchie, c’est «le choc». «Nous avons joué le menuet du Trio de Schubert et l’alchimie a été immédiate. L’acoustique et la beauté de la salle nous ont émerveillés. C’était magique.»

Le coup de cœur s’appuie aussi sur la réputation du festival que les amis issus du Conservatoire de Paris estiment «mythique». «Tous les plus grands quatuors d’aujourd’hui ont passé par le Concours d’Evian [qui a accompagné le festival de 1976 à 1999 sous la houlette du violoncelliste Alain Meunier, avant d’émigrer à Bordeaux]. Le grand luthier Etienne Vatelot nous en parlait aussi beaucoup. Qu’on nous propose de reprendre la direction artistique des Rencontres constituait un honneur et une forme de rêve.»

Un rêve qu’il va pourtant falloir confronter à la réalité en supportant le poids de l’héritage. «Nous nous situons dans une forme de filiation. Comment ne pas rendre hommage à ce qui a été fait avant? Mais nous souhaitons aussi imaginer quelque chose qui nous ressemble, autour de la musique de chambre.» Avec l’idée de la renaissance d’un concours? «Ce n’est pas d’actualité. Nous nous concentrons sur notre axe de programmation: des musiciens d’horizons et de générations différents qui puissent se rencontrer autour de projets uniques.»

Prestige et jeunesse

Les jeunes amis ont déniché des grands noms pour ne pas rompre avec le prestige passé: le Quatuor Borodine, Grigory Sokolov, Gidon Kremer et sa Kremerata baltica, Christoph Prégardien, Sabine Meyer, Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, Gary Hoffman, David Guerrier, Nicolas Chalvin ou Gérard Caussé.

Ils ont aussi fait appel à de jeunes talents pour préparer l’avenir: Ye-Eun Choi, Pablo Ferrandez, Julie Fuchs, Michael Gees, Jean-Frédéric Neuburger, Beatrice Rana, Raphaël Sévère, Chad Hoopes, Alina Ibragimova, Marie-Elisabeth Hecker, Adam Laloum, Cédric Tiberghien, Edgar Moreau ou Francesco Tristano. Et ils les ont reliés avec Schubert, pour l’esprit de ses soirées musicales, en concevant des concerts qui suscitent l’émoi et la découverte. Demain, peut-être, naîtront des projets plus aventureux: «pique-niques à la Glyndebourne» ou «croisières musicales sur le lac»… L’avenir leur appartient. On le leur souhaite radieux.

Rencontres, du 8 au 14 juillet. Rens. 0033 450 26 85 00, www.rencontres-musicales-evian.fr

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