séries sur croisette

Evidemment rock, l'équipe de «Vernon Subutex» casse des briques

La question de la jouissance de la violence chez les femmes, l'horrible rose du festival, l'alcool: à Canneseries, les acteurs de la nouvelle série de Canal+ ont fait feu de tout bois, dans une conférence sans chichis

Ces jours a lieu Canneseries, le festival des séries TV qui précède de deux semaines celui du cinéma. Nos échos de cet événement, depuis la Croisette.

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Ils se la jouent rock, et en plus, ça sonne assez juste. A Cannes, les comédiens de Vernon Subutex, avec la scénariste et réalisatrice Cathy Verney, ont présenté leur série avant son lancement sur Canal+ ce lundi 8 avril. Ils ne se sont pas montrés chichiteux.

Vernon Subutex est adaptée de deux des trois romans éponymes de Virginie Despentes, qui racontent la galère nostalgique du personnage-titre, ancien disquaire de rock mis à la rue faute de payer son loyer. Dans les années 1990, avec sa bande d’amis, et non sans substances illicites, il brillait de tous les feux. 20 ans plus tard, les rêves sont éteints. Au reste, «Subutex» est le nom d’une sorte de méthadone.

«Je pensais que c'était un roman grave»

C’est justement ce qui avait dissuadé Céline Sallette, laquelle incarne la Hyène, une enquêtrice privée sans scrupules. L'actrice entame la conférence en faisant la promotion d’une campagne anti-drogue et anti-alcool.

Puis elle détaille: «J’adore Virginie Despentes, j’avais beaucoup aimé son essai King Kong Théorie et Apocalypse Bébé. Là, en raison du succédané d’héroïne dans le titre, j’ai cru que c’était un roman grave, j’ai passé mon tour.» Et la voilà dans un rôle majeur de l’adaptation.

Philippe Rebbot, l'ivresse des ouvertures

Le truculent Philippe Rebbot, lui, ne s’embarrasse pas de prévention et de santé publique. «J’ai un problème avec l’alcool» lance-t-il soudain, sourire en coin. Lors de la cérémonie d’ouverture de Canneseries, durant laquelle étaient dévoilés les trois premiers épisodes, il s’était exprimé avec un phrasé douteux, pâteux et effiloché. «Je ne me rappelle de rien. Je me souviens juste avoir discuté pendant deux heures avec un mec qui, comme moi, est né au Maroc. Je ne sais pas comment on a fait pour tenir deux heures sur le fait qu’on est nés au Maroc.»

Plus tard le comédien, qui incarne un scénariste alcoolique autant qu’aigri dans la série, renchérit: «Le rock, c’est d’être bourré le soir et avoir le courage d’aller bosser le matin. En étant digne.»

Le rose, couleur de parapluie

Et «il faut de l’amour», pose Romain Duris en surcouche. Il s’agace des clichés de journalistes sur son statut d’«acteur générationnel» (on le comprend). Et à propos d’amour, donc de cœurs roses, la discussion, allez comprendre, évolue vers la couleur officielle du festival cannois, un rose par lequel Canneseries se distingue du rouge du grand frère cinématographique. «Une couleur étrange, on a un teint affreux avec ça», charge Céline Sallette, et Philippe Rebbot tressaute: «On ressemble à un parapluie». «Vous devriez regarder tout le nuancier», conseille l’actrice.

Le droit (féminin) à jouir de la violence

Laquelle a encore une grenade sortie du grand pull blanc crème dans lequel elle s’enrobe – il fait frais, à Cannes. La Hyène n’a pas toujours été évident à incarner, car «il fallait rechercher, repomper de l’énergie pour alimenter la haine du personnage. Il n’est pas facile d’avoir toujours envie de vouloir casser la figure des gens». Demeure un plaisir, «parce qu’il est toujours sympa de balancer des mornifles à tout le monde».

Et puis, l’actrice veut mettre en avant la particularité de son rôle, «qui consiste à assumer la jouissance de la violence de la part d’une femme. C’est très rare. Le plus souvent, les personnages féminins ont une raison à exercer une violence, voyez Kill Bill. Elles se vengent, elles ont été violées… Là, c’est une jouissance pure de la violence.»

Quasi-adoration dans la salle, applaudissements. Un peu de l’esprit Despentes descend sur une Cannes indolente.


A propos de «Vernon Subutex» et Virginie Despentes


En vidéo: la vogue des adaptations de romans en séries.

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