Édition

«Il existe une richesse de création incroyable sur le monde alpin»

Le magazine «L’Alpe» fête ses 20 ans avec un numéro spécial. Entretien avec son rédacteur en chef depuis les débuts, Pascal Kober

Une enquête sur les néo-alpins signée par un professeur de l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine de l’Université de Grenoble. Un zoom sur les musées de montagne. Un portfolio magnifique. Le dernier numéro de L’Alpe est à l’image de tous les précédents: beau, exigeant, pétri de savoir et de culture. Il contient toutefois quelques surprises, puisqu’il marque les 20 ans de la revue trimestrielle éditée chez Glénat. Dans un très joli papier, Pascal Kober, rédacteur en chef historique, parcourt notamment ces deux décennies au gré de ce dont il se souvient et de ce qu’il avait oublié. Entretien.

Le Temps: «L’Alpe» a 20 ans. Quel regard sur ce parcours?

Pascal Kober: C’est une belle aventure de presse. Un pari réussi qui tient à plusieurs facteurs. D’une part, le mélange de financement public et privé, puisque le soutien du Conseil départemental de l’Isère et du Musée dauphinois nous a offert une sécurité mais surtout l’accès aux chercheurs, très précieux pour moi qui venais du monde de la presse. D’autre part, l’exigence maintenue par rapport à l’information. Lorsque les magazines sur la montagne ont été lancés il y a une quarantaine d’années, ils étaient basés sur des itinéraires de randonnée ou des bons plans que l’on trouve partout aujourd’hui sur internet. Nous offrons autre chose, en termes de contenu – que l’on ne donne pas sur le web –, de recherche iconographique et de qualité de l’objet papier. Le succès de titres comme XXI ou 6Mois prouve la pertinence de cette approche haut de gamme.

«L’Alpe» en chiffres, cela donne quoi?

Nous tirons à 14 000 exemplaires et avons 5400 abonnés environ. Notre modèle financier repose à près de 50% sur les abonnés, à 30% sur les ventes en kiosques et en librairies – dont une bonne partie en Suisse –, à 15% sur le Conseil départemental, le reste sur les annonceurs.

Les artistes et les chercheurs sont vos deux piliers. Pour quelle raison?

Les artistes apportent un regard distancé auquel je tiens. Je m’y intéresse naturellement de par mon parcours, école des Beaux-Arts, magazines de photographie à Paris… mais il est vrai qu’il existe une richesse de création incroyable sur le monde alpin. C’est aussi une réaction à l’image de carte postale sans cesse véhiculée autour des Alpes; il y a autre chose à montrer! Quant aux universitaires, ils amènent un niveau de connaissances que les journalistes ne peuvent égaler. Evidemment, cela pose le problème de la vulgarisation et nous devons parfois réécrire en partie leurs textes!

Chaque numéro est thématique. Il y a eu la gastronomie, les mines, le vélo ou le climat. Le potentiel est-il infini?

En vingt ans, un seul thème a été traité deux fois: la musique. Il y a beaucoup à explorer encore, nous avons des idées pour au moins vingt nouvelles années! Mais nous reviendrons certainement sur des sujets comme la neige ou le fromage tant ils sont liés à ce territoire. Je viens de nommer Sophie Boizard, qui travaille avec moi depuis quatre ans, corédactrice en chef. Sa sensibilité est différente de la mienne: il y aura peut-être à l’avenir davantage de sujets liés à l’environnement.

Le dernier numéro évoque justement un certain nombre d’enjeux liés au futur de la montagne: urbanisation, climat… Quel est le principal défi?

Sans aucun doute le réchauffement climatique. Mais j’ai confiance en notre capacité d’adaptation pour trouver le moyen de cultiver des vignes à 2000 mètres ou d’installer des panneaux solaires en orbite autour de la terre.


L’Alpe, en vente dès le 28 novembre.

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