La revue Les Moments littéraires, spécialisée dans l’exploration des écrits intimes, réunit les extraits de journaux de 23 écrivains romands, classiques ou contemporains, reflétant la production plurielle d’une même forme, des météorologies intérieures très diverses. Tout journal est une construction. Deux directions se dégagent de cette livraison: les écrivains qui partent d’eux pour interroger le monde et ceux qui, à l’inverse, ramènent le monde à eux. Certains sont en quête (de sens, d’une forme littéraire, d’une identité), ils acceptent de montrer leur fragilité; d’autres arrangent leur portrait comme devant un miroir, avec plus ou moins de fard et de naturel.

Ces deux approches procurent du plaisir, mais ce dernier n’a pas la même profondeur. Certains diaristes vous prennent par la main, comme des frères, d’autres semblent se parler à eux-mêmes. Les pages dans lesquelles Ramuz évoque les derniers jours de son père sont essentielles et font venir les larmes aux yeux. Elles sont et seront toujours actuelles. Le journal de Corinne Desarzens ressemble à ses meilleurs romans, en l’occurrence un portrait vivant et chatoyant de Coron, dans le Péloponnèse. Douna Loup livre, elle, un précieux Carnet syrien écrit en 2007, où ce qui compte réside dans les détails, l’apparent insignifiant du quotidien: «L’humeur est bonne, la confiture aussi, et le thé nous donne l’énergie nécessaire pour balayer la cour après le petit-déjeuner.»