Critique: «MONO», adc, Genève

Explosions cérébrales

Face à MONO, dernière création du chorégraphe soleurois Thomas Hauert, on pense successivement au Bauhaus, pour les costumes colorés et géométriquement déstructurés. A Christoph Marthaler, pour l’univers joyeusement absurde et le bal des solitudes croisées. Et à Merce Cunningham pour les incessantes ruptures d’équilibre et torsions acrobatiques auxquelles les danseurs se livrent. Des références, oui, car le spectacle, abstrait, joue la carte cérébrale et ludique. Un peu comme un Rubik’s Cube éternellement monté et démonté.

Pas d’émotion, donc, et des sensations plus légères que fortes dans cette proposition polyphonique du Suisse installé à Bruxelles. A la manière de la bande-son souvent cacophonique (le mélange des genres – extraits radio, musique, bruits de rue – est signé Fredy Vallejos), la pièce présente la vie dans ce qu’elle a de plus multiple et de plus désordonné.

Le ton, électrique, est donné d’emblée. Dans une robe de gala, l’altiste Noémie Bialobroda traverse le plateau en claquant des talons, se poste dans le public et entame un des Tre notturni brillanti du contemporain Sciarrino, partition hérissée de stridence.

Cette idée de particules en liberté guide toute la création. Sur un tissu sonore haché, les huit danseurs font cavaliers seuls et, dans une danse explosive basée sur l’improvisation, semblent exprimer ce qui les traverse et les saisit. Parfois, ils évoluent par deux, agrippés l’un à l’autre, et construisent des monstres étranges aux équilibres instables. Mais le «mono» semble plus naturel à ces corps en liberté. Le résultat? Discursif, intrépide, mais lassant aussi à force de dispersion et de répétition.

MONO, jusqu’au 22 mai, adc-Salle des Eaux-Vives, Genève, 022 329 44 00, www.adc-geneve.ch