De tous les photographes qui ont mis Expo.02 dans leur viseur, Yves André est le seul qui a suivi le parcours de la manifestation dans son ensemble. Etat des lieux préalable, construction, ouverture, vie de l'exposition nationale, fermeture, déconstruction, état des lieux postérieur: le photographe neuchâtelois a mémorisé le processus dans son ensemble, de février à 1999 à juillet 2004.

Yves André, 48 ans, était l'homme de la situation. Longtemps collaborateur du Musée d'archéologie de son canton, passionné d'architecture, observateur des chantiers qui font et défont les paysages, ce professionnel rigoureux sait prendre l'empreinte du temps et de la pierre sur sa pellicule 6x6. Il est de surcroît dessinateur géomètre de formation, un apprentissage qui l'a aidé à structurer ses photos carrées au millimètre près.

Pour autant, Yves André revendique le regard subjectif qu'il a porté, cinq années durant, sur l'exposition nationale. Il a reçu de celle-ci le mandat de documenter la mise en place du projet et son ouverture au public, mais il a dû prendre à sa charge le suivi de la démolition et de la remise en état des rives lacustres. C'est avec ses images que les responsables de la manifestation se rendaient à Berne pour convaincre les parlementaires de la bonne avancée des travaux. Pour autant, Yves André a toujours librement choisi son heure et son lieu, sa lumière et son angle pour suivre – littéralement – l'événement à la trace.

Le photographe a retenu une petite centaine d'images parmi les six mille en couleur qu'il a prises d'Expo.02, et les a réunies dans un livre. Non de manière chronologique, mais en instaurant un dialogue entre les différentes étapes du projet, l'avant et l'après, le naturel et l'artificiel, l'extérieur et l'intérieur, la structure monumentale et le petit détail. L'ouvrage, qui n'aurait pu être que le dernier d'une longue suite de parutions sur Expo.02, prend ainsi son autonomie esthétique. Il tend vers le Land Art, attestation photographique d'une œuvre éphémère et œuvre lui-même. En définitive, la principale trace qu'il suit est celle du devenir d'Héraclite, cet écoulement du temps qui suggère, encore et encore, que le début et la fin d'un cercle sont une seule et même chose.

«02.1999/07.2004, parcours d'une expérience éphémère», photographies d'Yves André, Editions Virages à Neuchâtel. Une rencontre et dédicace du livre sera organisée jeudi 2 décembre à 18h à la librairie du Musée de l'Elysée, à Lausanne.