L'élégance de la bâtisse frappe d'emblée. Le pavillon Signal douleur, situé sur l'arteplage d'Yverdon-les-Bains, est un cube de 25 mètres de haut dont les parois sont faites de bandes de métal. Au toucher, les lamelles bougent, comme si ce bloc d'acier palpitait. A l'intérieur, le visiteur doit se promener à travers une jungle de tubes de plastique tombant du plafond, stalactites molles ou spaghettis techno, c'est selon.

Certaines de ces lianes contiennent des petits haut-parleurs qui diffusent dans les langues nationales – celles-ci sont signalées par la couleur d'une lumière placée dans le tube – des témoignages relatifs à la douleur. Une femme explique par exemple en quoi sa maladie la rend «égoïste» bien malgré elle, parce que la douleur contracte sa victime sur son propre corps. Des écrans vidéo, au sol, et l'habillement sonore illustrent une rupture brutale, comme un accident.

Sponsorisé par des assureurs publics, Signal douleur a été conçu par le graphiste Werner Jecker. C'est sans doute l'une des installations les plus radicales de l'Expo, parce qu'elle déroute pleinement – à l'entrée dans la forêt de lianes synthétiques, le visiteur perd même tout sens de l'orientation durant quelques secondes. C'est un exemple de réussite dans ce langage hybride d'art et de communication, non didactique, que défend l'Expo, pour le meilleur ou le pire.

Le pire, à l'opposé, ce peut être Biopolis. Conçu par l'agence allemande d-case, ce pavillon de Neuchâtel soutenu par une industrie pharmaceutique veut décrire «la vie en 2022» – mais il faut lire la notice avant d'entrer sous peine de n'y rien comprendre. Au milieu de l'espace, un grand puzzle. Les visiteurs doivent manipuler des éléments en veillant à l'équilibre général afin de dévoiler une image camouflée par des blocs de pixels noirs. Autour de cet espace, des cabines dans lesquelles les curieux entendent d'absconses fictions autour de la santé dans vingt ans, et un final, avant la sortie, présente en quelques planches les enjeux de la génétique. Comme s'il avait fallu soudain se ressaisir et ajouter quand même une dose de discours dans ce bric-à-brac tape-à-l'œil. Là où Signal douleur réussit par son extrémisme et par la force des brefs témoignages saisis au vol, Biopolis tartine du high-tech sans queue ni tête.