C'est un phénomène rare, mais ce pavillon d'Expo.02 est une attraction dans laquelle la file d'attente est probablement plus intéressante que le contenu. Circuit, pavillon sphérique sur l'arteplage d'Yverdon-les-Bains, rend compte du stress qui règne dans le monde du sport. Postulat intéressant, mais mal rendu: à l'intérieur, le show consiste à grimper sur un vélo fixé au sol – pour les plus hardis – et à pédaler selon la cadence imposée par des comédiens qui en font des tonnes. Sympathique, mais anecdotique. A l'extérieur, les concepteurs – l'Atelier Nou et Condor communication – ont imaginé la diffusion sonore de témoignages de sportifs sur les contraintes de leur pratique, qui se révèlent plus enrichissants que le cirque du dedans.

A quelques mètres, c'est le contraire. Le cube qui contient l'exposition Qui suis-je? Wer bin ich? est laid dans sa figuration grossière d'une motte de terre. Mais à l'intérieur, la surprise est garantie: le visiteur découvre un vaste espace éclairé par des UV, composé de banquettes sur lesquelles les curieux se couchent pour regarder le plafond où sont projetées des animations visuelles. Parfois, un flash de lumière déchire la quiétude, et d'immenses bribes de photos de spectateurs couchés apparaissent sur cette surface de 1700 m2.

L'habillage sonore, supervisé par Laurie Anderson, s'inscrit dans un registre planant, tendance néo-Pink Floyd, tandis que des haut-parleurs fixés dans les banquettes diffusent des questions en plusieurs langues aux oreilles des alanguis: «Est-ce que je pourrais tuer?»; «Est-ce que je veux posséder quelqu'un ou être possédé?». Un certain Lou Reed aurait participé à un brainstorming mené par Laurie Anderson pour dresser une liste desdites questions, indique le site www.

werbinich.com. Conçu par les architectes Isa Stürm et Urs Wolf, piloté par la critique d'art Jacqueline Burckhardt, et soutenu par l'austère Confédération, Qui suis-je? propose une incontestable expérience hypnotique, et par ce biais, atteint sa cible: le sujet-roi, le consommateur triomphant de «l'an 02» s'y trouve ébranlé, le temps de quelques déroutantes digressions sonores et visuelles.