Avec près de 80 000 visiteurs, l'exposition de 1904 sur les Primitifs français est un succès considérable. Non seulement parce qu'elle présente des peintures et des objets dispersés en France et en Europe ou parce qu'elle flatte le sentiment national, mais aussi parce qu'elle a lieu à un moment où les expositions sont devenues l'espace public des combats esthétiques. La section artistique de l'exposition universelle de 1900 marque le triomphe de l'Art nouveau. En 1905, au Salon d'automne créé deux ans plus tôt, les œuvres de Matisse, de Derain ou de Vlaminck provoquent un scandale mémorable, et leur salle qualifiée de «cage aux fauves» donnera son nom au fauvisme. Les rétrospectives de Van Gogh et de Cézanne sont des révélations. Avec les Primitifs français de 1904, les artistes ont accès directement à une période de l'histoire de l'art qu'ils admirent (c'est nouveau) et dont ils n'ont jusque-là qu'une vision très partielle. La redécouverte des primitifs, en France et ailleurs, sera l'un de moteurs de la révolution artistique du XXe siècle.