Dans mes croquis

«Exprimer le temps»

Ils et elles sont graphiste, danseuse, journaliste ou encore professeur d’université, et pratiquent le dessin avec talent. Chaque vendredi de l’été, «Le Temps» publie une de leurs œuvres

«Historien des religions, spécialiste du bassin méditerranéen antique, et… illustrateur à mes heures nocturnes. Cette dernière activité, exercée pour la création de jeux vidéo ou de bandes dessinées, m’a amené à travailler avec des amis et collègues – que ce soit au sein de mon collectif Tchagata Games ou pour l’édition 2018 des Mystères de l’Unil. Cet été, c’est dans les pages du Temps que je m’exprime. Le thème désigné: aucun. Le thème que je m’impose: le temps, justement.

A force de traduire du grec ancien dans mon travail académique, la notion de temps m’évoque la découpe, la césure, la division: témnō. Temps de la jeunesse, temps de la maturité ou temps de la vieillesse. Et pourtant!

Je joue avec ma fille – plaisir intense – et j’ai toujours 5 ans. Je me plonge dans une traduction grecque, et me voilà adolescent, à suer sur une version allemande. J’allume une console de jeux et la passion de mes 10 ans revient m’émerveiller. Un regard sur l’actualité politique me projette par contre dans la génération de mes parents, à tenter d’éclairer le présent à l’aide de l’histoire et du long terme.

Et lorsque je dessine? Ce sont tous ces âges qui se rencontrent, aussi bien temps passés que projection de temps futurs. Je mélange l’oubli à l’inconnu pour me construire dans le présent, avec ce trait inspiré de la pop culture japonaise, si bien popularisée en terre francophone par Récré A2 puis le Club Dorothée. Le temps n’est pas une césure, il est un pont encré en soi-même.»

MATTHIEU PELLET, HISTORIEN DES RELIGIONS

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