Entre 1997 et 2002, Fabio Luisi a imprimé sa signature artistique sur l’OSR, entre Armin Jordan et Pinchas Steinberg. Arrivé à 38 ans à la tête de l’ensemble romand, Italien après des années germano-suisses, le fougueux directeur musical laisse le souvenir d’une direction entière, énergique, sonore, parfois cassante, voire à la limite du clinquant lorsqu’il se laissait emporter par la puissance des œuvres. Mais indiscutablement, le chef a boosté les musiciens par sa jeunesse et son élan.

Fondu des masses et des couleurs

Vingt ans plus tard, le cheveu grisonnant et le frac impeccable des grands directeurs musicaux de tradition, le Génois était de retour pour deux concerts à Genève. Son expérience au Metropolitan de NYC, à Copenhague, Dallas, Dresde, Zurich, Vienne ou Leipzig lui ont forgé une belle carrière. Et c’est avec ce bagage enrichi qu’il a repris la baguette dans un programme russe étincelant.

Lire aussi: L’ancien chef de l’OSR Fabio Luisi règne sur l’Opéra de New York et lance des parfums

Plus arrondi, plus mûri, le ton était à la grandeur, dans un sens aiguisé de la construction et des rapports de force entre harmonie et mélodie. Sa direction reste très cadrante et droite. Elle ne laisse déborder que peu de sentiments, mais beaucoup de force expressive, d’élégance, de profondeur et de chaleur sonore, dans un magnifique fondu des masses et des couleurs.

La 5e Symphonie de Tchaïkovski, plus verdienne que jamais dans le déroulement exacerbé des chants, faisait honneur à des cordes sanguines et caressantes, et des vents explosifs et veloutés. Toujours maître des grands développements dynamiques, Fabio Luisi est un expert dans les dimensions cinémascopiques. Il voit grand et large, mais toujours dans une maîtrise assumée des limites.

Lire encore, cet article de 1998: Gens: Fabio Luisi, la baguette et le crocodile

La pianiste Lise de la Salle se situe, elle, dans la fluidité presque impalpable d’une magnifique virtuosité. Le 4e Concerto de Rachmaninov, plus rare et technique que les précédents, frise l’impossible par moments. Ce n’est pas un problème pour la Française qui, à 33 ans seulement, semble tout connaître et tout pouvoir jouer du répertoire le plus exigeant pour clavier.

Tempérament fort mais toucher d’ange, rapidité astronomique mais tendresses de zéphyr, son jeu ne recule devant aucun écueil. La traversée éblouissante de l’œuvre, empoignée avec feu et livrée avec poésie, tient du tour de force. Puissance, souplesse, solidité, percussivité, autorité, agilité: c’est en vif-argent que la pianiste a mené avec ardeur l’auditeur sur des chemins de haut lyrisme.