Dimanche matin, Fabio Luisi a fait un numéro dont lui seul a le secret. Le Victoria Hall de Genève était plein à craquer, une foule d'enfants avaient les yeux rivés sur l'Orchestre de la Suisse romande aussi ventru qu'un vaisseau spatial. Et pour cause: le programme était consacré aux musiques de film de John Williams. Compositeur fétiche de Steven Spielberg, c'est lui qui a écrit les bandes-son de Star Wars, E.T. ou Schindler's List. John Williams a arraché des larmes à des milliers d'enfants dans le monde entier, ses mélodies ont un tel galbe qu'elles ne s'oublient jamais.

Sa recette? Tout est dans la leçon des Wagner, Tchaïkovski et Elgar qui ont su rendre une dimension épique à la musique classique. «Star Wars est une compilation de thèmes wagnériens jusque dans son scénario même», écrit Michel Chion dans son ouvrage La Musique au cinéma. A chaque personnage correspond un leitmotiv qui agit comme un agent révélateur.

Fabio Luisi empoigne la «Marche Impériale» de Star Wars comme s'il était Darth Vador en personne: les cuivres sont noirs, la percussion scande le pas du «grand méchant». Dans Schindler's List, le violon solo de l'OSR s'avance au centre, c'est lui qui joue ces mélopées suaves aux accents juifs, sans trop en rajouter.

A midi trente, le concert est terminé. Puis voilà qu'une panthère rose surgit des coulisses. Elle s'avance à pas feutrés. Elle gesticule comme une star, elle dandine la queue en arrondissant les fesses. L'OSR l'accompagne sur la musique de La Panthère Rose. Le public frappe des mains, le rituel du concert se mue en Muppet Show.

Fabio Luisi a trouvé la recette pour mobiliser le grand public: faire le singe – ou plutôt la panthère – sur scène. Et il le fait avec un tel talent, un tel chic, qu'il éclipse l'image du chef d'orchestre fonctionnaire qui lui collait à la peau.