En 1964, un an après son départ de Pologne, Slawomir Mrozek écrit une fable, Le Couturier, qu'on compare souvent à Opérette, pièce d'un autre compatriote exilé, Witold Gombrowicz. Tout comme le conte d'Andersen, elles ont pour héros un tailleur et mettent en évidence que «le roi est nu». Le couturier, chargé de vêtir le roi en ces temps troublés où les Barbares menacent d'envahir le royaume, symbolise les liens entortillés qui unissent le pouvoir et la culture. Le jeune Carlos, en révolte contre la société, compte sur l'arrivée des sauvages pour rétablir le lien avec la nature et les valeurs essentielles. Mais, hélas, leur chef ne résistera pas aux charmes confortables de la civilisation. Dans ce combat, l'idéaliste laissera, au sens propre, sa peau, dont le tout-puissant couturier fera un habit neuf. Cette victoire de l'artifice sur la sincérité est traitée sur le mode burlesque qu'affectionne l'auteur des Émigrés, dont les Editions helvéto-polonaises Noir sur Blanc publient les œuvres complètes.