Pour la First Lady Michelle Obama, c’est «la plus grande œuvre artistique que j’ai jamais vue dans ma vie». Pour Barack Obama et ses deux filles Malia et Sasha, en visite à Manhattan, ce fut aussi un passage obligé. Depuis juillet dernier, la comédie musicale «Hamilton» est la sensation de Broadway. Dimanche soir, le spectacle imaginé par Lin-Manuel Miranda, 35 ans, consacré à l’un des pères fondateurs de l’Amérique a remporté 11 Tony Awards, le Graal pour les acteurs qui se produisent dans les quelque 40 salles de Broadway.

Au Succès populaire s’ajoute le succès financier. Les profits de cette production présentée au Richard Rodgers Theater, près de Times Square, se chiffrent à 600 000 dollars par semaine. Au marché noir, les billets se vendent jusqu’à 4000 dollars. Pour la dernière représentation, le 9 juillet prochain, sous l’égide de Lin-Manuel Miranda, qui a écrit les dialogues, composé la musique et les paroles des chansons, les billets se vendent à plus de 6600 dollars pièce.

Les New-Yorkais en savent quelque chose. Après que la loterie organisée au théâtre même a été abolie en raison de la trop grande affluence, celle que les producteurs ont mise sur pied sur Internet est loin de répondre à la demande. Alors pourquoi autant d’engouement?

«Hamilton» raconte l’histoire d’Alexander Hamilton, orphelin né dans les Caraïbes, qui émigra aux Etats-Unis. Une success story dont l’Amérique raffole. Alexander Hamilton participera à la guerre d’indépendance en 1776 et deviendra le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis sous la présidence de George Washington. Le spectacle trouve un écho particulier aujourd’hui dans un contexte politique où l’immigration est un thème très sensible. Lin-Manuel Maranda joue le rôle principal d’Hamilton. Au collège, il fut saisi par l’histoire du duel entre le vice-président américain Aaron Burr et Alexander Hamilton. Cela lui rappelait de vieilles querelles dans sa cour d’école. La lecture d’une biographie de Ron Chernow sur Alexander Hamilton le convaincra de consacrer une œuvre à ce personnage emblématique. Fils d’immigré portoricain ayant grandi dans le quartier très hispanique de Washington Heights, le créateur a choisi un casting composé exclusivement de gens de couleur. Pour Broadway, souvent décrite comme le «Great White Way» pour n'avoir longtemps laissé se produire sur les planches que des Blancs, c’est une petite révolution.

La grande révolution, c’est la musique hip-hop et R&B qui rythme le spectacle. Lin-Manuel Miranda a grandi avec le rap. Du hip-hop pour accompagner un spectacle sur le premier secrétaire au Trésor américain? Barack Obama avoue avoir cru à une plaisanterie. Mais il a lui-même été subjugué par la puissance d’une musique que bon nombre d’Américains ont faite leur. Certains historiens estiment que le créateur a embelli la figure d’Hamilton, le créateur du système financier américain, du Parti fédéraliste favorable à un gouvernement central fort. Mais tout le monde en convient. Rien de tel pour familiariser les jeunes et moins jeunes à l’histoire…