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Face aux «fake news», le combat ordinaire des Wikipédiens

En plus de quinze ans, l’encyclopédie collaborative a acquis une expertise précieuse dans la lutte contre la désinformation

A sa naissance, elle fut conspuée par une partie du milieu académique, accusée d’être un nid d’erreurs, un vivier de mensonges. Pensez, une encyclopédie ouverte à tous! Seize ans plus tard, l’encyclopédie collaborative Wikipédia est globalement reconnue pour la qualité de son contenu. Et pour sa capacité à faire le tri entre le vrai et le faux dans ses pages.

Frédéric Schütz est membre du comité de l’association Wikimedia CH. Comme contributeur, il a connu les campagnes de désinformation des anti-vaccins ou des climatosceptiques. Plus récemment, c’est la fiche du survivaliste valaisan Piero San Giorgio dont il a géré avec d'autres la tentative de «nettoyage».

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Les wikipédiens ont un joli mot pour cela: le vandalisme. Pour y faire face, Wikipédia peut compter sur le nombre et l’expertise des membres de sa communauté, plusieurs dizaines de wikipédiens bénévoles, devenus au fil des années des fact-checkeurs avertis. «Devenir contributeur Wikipédia, c’est quasiment comme recevoir un cours accéléré en droit d’auteur, en recherche de sources… A la fin, tu as un fort esprit critique qui fait que tu ne fais plus confiance à personne a priori», plaisante Frédéric Schütz.

Cette surveillance collective est particulièrement efficace sur les pages les plus consultées. «Pour Donald Trump, sa notice est surveillée par près de 1800 personnes. S’il y a une modification ou un maquillage, quelqu’un dira stop.» Le système est plus poreux pour les pages moins populaires de l’encyclopédie. «J’aime bien comparer le combat contre la désinformation sur Wikipédia à la lutte antidopage. Il y a toujours des gens qui passent à travers les mailles. Ceux-ci n’arrivent plus avec une monstre dose d’EPO, ils pratiquent un dopage beaucoup plus fin, plus subtil.»

Transparence et kryptonite

Si la politique de neutralité – présenter tous les points de vue pertinents, et ne pas en privilégier un seul – est le pilier du projet éditorial, la transparence est le moteur du système. Toutes les contributions, les débats liés à la création ou la suppression d’une page, sont archivés et accessibles à la lecture.

Dans le Guardian, Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, comparait cette transparence à la kryptonite (une pierre au pouvoir destructeur utilisée contre Superman), à utiliser pour lutter contre les fake news: «Nous avons besoin de cette transparence, car elle met en lumière le processus et les sources de l’information.» Clin d’œil à peine déguisé à Facebook et son algorithme opaque. 

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