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Face à Netflix, la naïveté suisse

OPINION. Le rouleau compresseur mondial de la diffusion de fictions audiovisuelles se fait taxer presque partout. Pas en Suisse. Générosité libérale ou profonde méconnaissance du marché?

En matière de diffusion audiovisuelle, tous vecteurs confondus, la Suisse est un pays généreux à l’égard du monde entier. Par exemple, elle ne taxe pas les chiffres d’affaires publicitaires réalisés sur territoire suisse par les chaînes étrangères, comme TF1 ou M6. Dans de nombreux pays européens, ces recettes aspirées sur le marché domestique sont imposées au profit de la création nationale, cinéma et TV. Rien de tel en Suisse, pays qui s’apprête à se déchirer autour de la question de la redevance radio-TV.

En France, deux taxes

En France, le législateur a abordé la question d’une manière… un peu compliquée. En septembre dernier, deux taxes ont été validées, dites taxes «YouTube» et «Netflix», toutes deux visant à imposer à hauteur de 2% les chiffres d’affaires publicitaires de ces canaux. Netflix n’ayant pas de revenus publicitaires, on se demande encore comment s’articule la seconde taxe. Mais sans conteste, elle sera perçue.


 

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Vif débat au Canada

Le débat a été le plus vigoureux au Canada. Au parlement national, les discussions, agitées, ont porté sur le fait que l’Etat fédéral n’a pas prévu d’imposer une «taxe Netflix», au motif de «ne pas charger l’imposition de la classe moyenne». Pas moins. Certains mettaient dans la balance, d’un côté, l’ouverture à Netflix des avantages fiscaux que le Canada accorde aux productions américaines – en particulier le crédit d’impôt, mécanisme qui capte les tournages depuis quelques décennies – et, de l’autre, pour justifier ce cadeau, l’instauration d’une taxe globale.

En pleine agitation parlementaire, le gouvernement canadien a créé l’événement, avec la complicité de la compagnie: la multinationale américaine a annoncé vouloir dépenser «au moins» 500 millions de dollars canadiens sur cinq ans pour la production nationale. A Ottawa, les Californiens s’en sortent bien. Cette somme leur permettra de produire des séries qui pourront aussi appâter leurs abonnés américains. Reste qu’il s’agit d’une injection de 500 millions dans une branche audiovisuelle locale, ce qui n’est pas négligeable.

En Suisse, Netflix paie la TVA. C’est toujours ça.

Dossier La controverse «No Billag»

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