Poésie

«Face à la parole nue»

Auteur de livres sur son enfance et son apprentissage du monde, des chiffres et des langues, observateur passionné du cerveau, Daniel Tammet publie pour la première fois un recueil de poèmes. Entretien

Daniel Tammet est un auteur fêté pour ses livres souvent autobiographiques. Je suis né un jour bleu détaille une enfance sous le signe de l’autisme mais aussi de la synesthésie: pour lui, les chiffres et les lettres possèdent leurs propres couleurs, leur forme, leur caractère. Il a continué à explorer les merveilles du cerveau et des nombres dans Embrasser le ciel immense ou L’Eternité dans une heure et a évoqué son approche des mots et les langues – il en parle 12 – dans Chaque mot est un oiseau à qui l’on apprend à chanter (J’ai lu). Le voici qui publie chez Blancs Volants, une petite maison d’édition, Portraits, un petit livre de photos faites par son mari Jérôme Tabet et de poèmes en français et en anglais. Ils présentent une galerie de personnages, intimes ou connus, d’une belle-mère à l’univers en personne, en passant par Bobby Fischer.

«Depuis l’enfance, dit Daniel Tammet, j’ai toujours eu un amour très fort pour la lecture. Le lien le plus fort, avant même la fiction, passait par la poésie. Elle est très imagée. Et pour quelqu’un comme moi, né sous spectre autistique, cela m’aidait à comprendre. Dans un roman, il faut suivre le cheminement de pensées de l’auteur, comprendre les personnages, les thèmes, le contexte social. Dans un poème, on est face à la parole nue. Les mots travaillent beaucoup – plus – pour montrer leur sens et trouver leur juste place. Il y a dans la poésie tout un travail d’équilibriste qui vise la justesse. En tant que lecteur et, aujourd’hui, en tant qu’auteur, je trouve l’exercice fascinant.»