Fintech

Facebook et autres Google seront-ils les concurrents des banques de demain?

Les nouvelles technologies changent la donne pour les banquiers, même privés. Ceux-ci devront ainsi faire face à l’arrivée de nouveaux acteurs

Lors de notre dernière contribution, nous nous demandions en quoi notre industrie allait être impactée par l’avènement des nouvelles technologies, de la finance participative, du big data, de puissants algorithmes, de l’influence des réseaux sociaux sur la manière dont nous communiquons et communiquerons avec nos clients. Intéressons-nous maintenant à nos futurs concurrents…

Le principal secteur financier qui subit actuellement les attaques de la concurrence est celui des paiements mobiles. Les entreprises de cartes de crédit sont directement menacées par l’arrivée de nouveaux acteurs moins chers et plus efficaces. En Suisse, la lutte fait rage entre les nouveaux systèmes de paiement, qui conjuguent facilité d’utilisation, technicité et immédiateté.

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Nous l’avons vu, que ce soit avec l’application Paymit, qui permet de transférer de l’argent dans n’importe quelle banque en quelques clics seulement, ou avec la solution de paiement Twint émise cet été par PostFinance, les banques traditionnelles se sont lancées sur le marché en essayant de proposer une alternative intéressante aux consommateurs helvétiques avant l’arrivée de leurs concurrents américains.

Outre-Atlantique, en effet, les géants du web que sont Apple, Google et Facebook sont prêts à livrer bataille. Leurs armes ont pour nom Apple Pay, Android Pay, ou WhatsApp, racheté l’année passée par Facebook pour 19 milliards de dollars. Tous ces systèmes ont la particularité de simplifier les transactions et de diminuer les coûts par rapport aux services actuels. Leur développement sera par ailleurs facilité par la technologie de paiement sans contact via la fonction NFC (Near Field Communication).

Rester fidèle aux valeurs clés

Le monde des paiements est donc définitivement trop concurrentiel pour que les banques privées suisses entrent à leur tour dans l’arène, ceci d’autant plus que leur valeur ajoutée se trouver ailleurs que dans le transactionnel.

Sur quels terrains les banques privées seront-elles dès lors concurrencées? Les futurs algorithmes seront-ils capables de remplacer nos meilleurs analystes et gérants? Les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle (IA) remplaceront-elles à terme nos gestionnaires de fortune? La technologie concurrencera-t-elle une tradition de gestion de fortune qui fait la réputation de la Suisse depuis plus de deux siècles?

Pour répondre à ces questions, il convient de réfléchir aux valeurs clés qui nous caractérisent aujourd’hui et qui resteront probablement essentielles aux yeux de nos clients. Citons en trois qui comptent pour nous: la confiance, l’expertise et la proximité.

La confiance est essentielle dans une relation bancaire entre un client et son gestionnaire. Le client attend que son gestionnaire lui prodigue les meilleurs conseils, que ce soit en matière de placements financiers ou, plus largement, de gestion de son patrimoine, voire même de sa vie privée. Il existe déjà des algorithmes capables d’analyser et de simuler la performance des investissements, mais les clients compteront probablement toujours sur les conseils avisés de leur gestionnaire pour les guider au mieux dans leur processus d’investissement et dans la gestion de leurs avoirs.

S’adapter à la révolution technologique

On compare parfois, à juste titre, le banquier au médecin de famille. L’époque où ces deux acteurs étaient seuls à posséder le savoir est révolue. Désormais, le patient va chez son médecin porteur d’un diagnostic qu’il a élaboré sur la base de ses recherches sur Internet. Il en est de même pour les clients qui visitent leur banquier avec une bonne idée en tête sur la stratégie de placement qu’ils aimeraient adopter.

Le banquier privé, tout comme le médecin de famille, doit donc désormais s’adapter à la révolution technologique et conseiller au mieux des clients de plus en plus informés sur leur situation. Malgré tous les progrès technologiques futurs, nous aurons cependant toujours besoin des médecins de même que de l’expertise de nos banquiers. Si c’est déjà le cas aujourd’hui, cela sera probablement encore plus vrai demain dans un monde où l’information – voire la surinformation – est omniprésente.

La confiance est étroitement liée à cette deuxième valeur cardinale de la banque privée qu’est l’expertise. Un ordinateur doté de toute l’intelligence artificielle que l’on nous prédit saura-t-il concurrencer l’expérience et le bon sens propre à nos conseillers? Les données financières, enregistrées dans le «big data» seront-elles si finement analysées par les «data scientists» qu’elles supplanteront l’expertise de nos meilleurs conseillers seniors ayant par exemple vécu les dernières crises financières? Nous ne le pensons pas. Cette technologie sera au contraire au service des banquiers de demain qui devront faire preuve d’une nouvelle expertise pour analyser ces données afin de répondre au mieux aux nouveaux besoins de leurs clients.

Prendre son destin en main

La place financière suisse doit notamment sa réputation internationale à une expérience de plus de deux siècles dans la gestion de fortune. Bien qu’il soit d’ores et déjà possible de confier la gestion de sa fortune à des applications informatisées, le client n’aura pas d’intérêt à mettre sa fortune entre les mains de sociétés créées il y a moins de dix ans et localisées, pour certains d’entre elles, hors du territoire suisse. Ceci pour autant, bien sûr, que les banques privées prennent leur destin en main et ne manquent pas le virage de la digitalisation…

Pour conclure, abordons la troisième valeur essentielle à nos yeux, celle de la proximité. Il est vrai que celle-ci tend à perdre de l’importance, ou plutôt à évoluer. Des statistiques montrent, en effet, que la fréquentation physique des agences bancaires recule au profit des visites en ligne dont le nombre explose. La notion même de proximité se digitalise. Les «digital natives» veulent tout et tout de suite, et en plus en version mobile. Le conseiller 2.0 se devra donc de suivre cette tendance et de rencontrer ses clients là où ils se trouvent, c’est-à-dire le plus souvent en ligne et sur les réseaux sociaux plutôt que dans les salons feutrés de nos chères banques privées.

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