En costard et robe du soir, le Victoria Hall de Genève vibre au rythme du mbalax dispensé généreusement par Youssou N'Dour et son orchestre de référence, ce Super Etoile du Dakar activé en 1981. Lundi soir, les silhouettes des galeries et du parterre n'ont d'yeux que pour la star sénégalaise. Entre les rangées, les pas de «la danse du ventilateur» sont parfois de mise. Autant de réponses syncopées d'un public dévoué corps et âme. Alors que les sabars et tamas (percussions sénégalaises, ndlr) offrent leurs nuances percussives, le chanteur à la voix d'or étrenne quelques-unes des nouvelles chansons de Nothing's in vain dans son costume couleur paille.

Amour, liberté, paix et espoir

Un sixième album personnel d'une sérénité absolue, dont les textes en français, anglais et wolof sont habillés d'une pop douce et mélodique, confectionnée sur trois chansons par le romantique Pascal Obispo. Où N'Dour égrène de manière raffinée ses thèmes favoris – amour, paix, liberté et espoir – entre instrumentations traditionnelles et sonorités modernes. Un disque sur lequel «le rossignol de Dakar» joue encore et toujours une partition qui rassemble l'Afrique et l'Occident. Et lui a permis de devenir la première vedette africaine via le tube international «Seven seconds».

Désormais installé dans la maison de disques Warner, après une dizaine d'années de loyaux et plus ou moins bons services chez Sony, le protégé de Peter Gabriel n'en continue pas moins de livrer ses bandes clés en main à l'Europe et à l'Amérique. «Une indépendance de production» à laquelle il tient farouchement, explique-t-il brièvement avant le concert. Depuis son studio d'enregistrement et son label basés dans sa ville natale de Dakar, où il possède aussi une radio, un réseau de cybercafés et une boîte de nuit qui occupent au total 140 personnes, l'auteur-compositeur-interprète édite à présent ses propres albums et ceux d'autres artistes sous la même bannière. Un changement de cap – après des années de production dissociée – qu'il estime vital pour que des portes s'ouvrent plus encore à de nouvelles voix de l'afro-pop et des musiques du monde. Mais qu'il n'entrevoit pas «sans la confiance et les investissements des majors». Selon lui, malgré «la piraterie qui gêne beaucoup le développement des labels africains», ces derniers «feront le succès de la musique africaine de demain».

«Nothing's in Vain» (Nonesuch/Warner).