Le poche de la semaine

«Le chariot n’en finissait plus d’avancer. La grand-mère à l’arrière criait de toutes ses forces…»

Genre: Roman
Qui ? Céline Minard
Titre: Faillir être flingué
Chez qui ? Rivages poche, 414 p.

Dans l’immensité de la prairie, des traces se croisent, s’éloignent, s’évitent ou se poursuivent. En chariot, à cheval, à pied quand tout tourne mal, des individus convergent vers le lieu qui les aimante, une ville en devenir au milieu de rien.

Faillir être flingué: c’est le risque qu’ils courent tous dans cet univers hostile et ils sont prêts à tirer les premiers. Secouée sous la bâche, l’aïeule n’en finit pas de mourir en hurlant, perçant de ses cris les oreilles et le cœur de ses fils et de son petit-fils. Il y a Eau-qui-court-dans-la-plaine, petite chamane guérisseuse et orpheline de son peuple massacré, et Gifford, dont elle sauve la vie pour mieux jouer avec elle. Un voleur de cheval et celui auquel il a dérobé sa monture, Bird Boisverd. Des Indiens malins, des «Jaunes» entreprenants, des brigands de grand chemin. A la ville, le voyageur trouve déjà l’essentiel: le saloon et les filles, le barbier-chirurgien, le campement, la blanchisserie. Ici comme dans le désert, c’est chacun pour soi, «ce n’est pas un état de droit», le plus fort gagne mais pas toujours.

Grande exploratrice de formes, la romancière Céline Minard (Le Dernier Monde, Denoël, 2007, Olimpia, Denoël, 2010, So Long, Luise, Denoël, 2011) joue ici, avec humour et talent, des stéréotypes du western et les renouvelle. Entre Lucky Luke et les films de cow-boys, elle réussit à créer un univers épique cohérent, parfois drôle, souvent illuminé d’une vraie poésie.

Sa langue, précise et maîtrisée comme les mouvements d’art martial décrits dans Ka Ta (Rivages, 2014), fait de cet exercice de style une grande réussite et lui a valu le Prix du livre Inter.