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Que faire après le choc «Il miracolo»? Trois suggestions

La découverte de la série de Niccolò Ammaniti «Il miracolo» a marqué bien des esprits. Face à la béance qu’elle laisse, comment prolonger l’expérience? Nos conseils

En forçant un brin le trait, on pourrait les dépeindre comme des êtres errants, traversant leurs journées sans lumière, absorbés par un vide que rien ne remplit. Ce sont les spectateurs de Il miracolo, dont la diffusion classique sur Arte s’est achevée il y a quelques jours, et que la chaîne propose toujours sur le web, YouTube et son application, jusqu’au 23 février.

Lire aussi: «Il miracolo», et l’Italie pleure son sang

Sans conteste, la série créée par Niccolò Ammaniti constitue le premier choc de l’année dans le domaine des feuilletons. Cette histoire sur les conséquences de la découverte d’une petite statue de Madone qui pleure du sang, sans cesse, sur fond de campagne pour ou contre un éventuel Italexit, n’en finit pas de provoquer stupeur et fascination. L’originalité du postulat et du propos, la variété serrée mais dense des personnages, la force de ces intrigues aussi sinueuses que solides étonnent jusqu’à la (magnifique) fin.

La question se pose de savoir quels territoires explorer ensuite. Une interrogation rare: dans la fringale planétaire de séries, on passe d’un feuilleton à l’autre sans traîner, le temps d’un clic. Pas avec Il miracolo. Ses béances deviennent celles de ses spectateurs.

Il y a pourtant des pistes. En voici trois.

Sur le plan spirituel: découvrir «The Leftovers»

De 2014 à 2017, Tom Perrotta déroute son public avec sa série. Tom Perrotta est écrivain, comme Niccolò Ammaniti. Avec Damon Lindelof, ancien de Lost, il adapte son propre roman – en français, Les disparus de Mapleton, chez Fleuve noir. Le point de départ est simple: un jour, d’une seconde à l’autre, 2% de la population mondiale disparaît.

Des inconnus, des célébrités, des proches; il n’y a aucun critère, aucune règle, aucun ordre. Cette absence de raison est ce qui provoque les tensions à venir. La série commence dans une petite ville américaine trois ans après les faits. Le shérif, incarné par Justin Theroux, doit faire face à des citoyens toujours désorientés, voire en abîme permanent. La douleur est d’autant plus grande qu’un groupuscule de gens, habillés en blanc et gros fumeurs, se revendique des disparus.

En trois saisons, le feuilleton a détaillé cette lente perte de sens, les expériences et les déliquescences dues à l’absence fondamentale. Certains connaisseurs n’hésitent pas à en faire la plus grande série de l’histoire du genre. On n’ira pas si loin, mais c’est sans conteste l’une des plus marquantes de la décennie.

On le comprend, il n’y a aucun rapport entre les histoires de Il miracolo et de The Leftovers. Pourtant, les deux fictions partagent un même mystère, une manière identique de raconter la quête d’un sens, de dépeindre un manque spirituel dans une société depuis longtemps sans amarres. Il n’est pas surprenant que Niccolò Ammaniti cite de lui-même Tom Perrotta et sa série au chapitre de ses influences. Les deux œuvres ont de puissantes résonances.

A ce propos: «The Leftovers», magistrale série qui explore les béances américaines

Sur le plan obsessionnel: écouter Swans

Même ses détracteurs l’admettent, Il miracolo frappe par l’intensité de sa bande musicale. Niccolò Ammaniti a des références, ou est bien conseillé. La complainte de crooner du générique, par Jimmy Fontana, donne le contrepoint avant de passer aux profondeurs. Reprise de Depeche Mode, morceaux de Deus, des Tindersticks et de Godspeed You! Black Emperor, jusqu’à Pink Martini, ainsi que de la musique originale ténébreuse à souhait font de la série un festival sonore.

Dans le lot, certains ont été particulièrement frappés par la fin du troisième épisode. Parti sur les traces de la petite Madone, le capitaine est loin de Rome. Le long d’une route décrite comme meurtrière, il découvre soudain une alcôve… vide. La scène se déroule sur une musique et un chant répétitifs à souhait, vite obsédants. Lors de la découverte de l’épisode, Shazam a dû chauffer. Il s’agit de Lunacy, de Swans, groupe de rock indé américain dont l’unique membre permanent est Michael Gira.

Fondé en 1982, le groupe a disparu en 1997, avant de revenir dans les années 2010. L’album The Seer est le deuxième depuis le retour, il date de 2012, et entre autres morceaux déments, il contient ce lancinant Lunacy. Une écoute répétée de The Seer ne sortira pas l’auditeur de Il miracolo – contraire, on replonge. Mais n’est-ce pas ce que l’on cherche, avant les adieux à la série?

Lire une (brève et enthousiaste) critique de The Seer en 2012.

Téléstar a dressé la liste des morceaux utilisés dans la série.

Sur le plan séculier: regarder des séries italiennes

Il miracolo signale le retour, depuis quelques années, d’une forte vitalité de la fiction TV italienne. Dans un registre qui peut sembler proche – mais sur le plan esthétique plus que dramatique – Paolo Sorrentino a fasciné loin à la ronde avec The Young Pope, ou les hardiesses d’un pape non conformiste campé par Jude Law. Une deuxième saison arrivera cette année.

Puisqu’il est aussi question de pouvoir et de mafia dans Il miracolo, on peut citer 1992, puis 1993 (en attendant 1994). Une série forte, créée par Alessandro Fabbri, Ludovica Rampoldi et Stefano Sardo, produite par Sky et Wildside comme Il miracolo – cette dernière, avec Arte.

1992 imagine plusieurs parcours grandis ou brisés par les vastes procédures anti-mafia lancées dès le début des années 1990. Un jeune policier de l’équipe du juge Antonio Di Pietro, un publicitaire au nez blanchi, une fille de riche qui veut sortir de là, et d’autres, racontent des années de justice et de perte. Comme la matrice d’une Italie qui a voulu y croire avant de douter, puis chuter, ce qui l’a amenée à Il miracolo.


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