Faut voir

Fais-moi mal, Johnny!

Allaire Bartel s’est demandé longtemps comment représenter les violences sexuelles dans ses photographies. L’Américaine ne souhaitait pas évoquer les viols ou les coups de poing, mais les agressions plus sournoises dont sont victimes les femmes, parce que quotidiennes et données comme anodines (voire «plutôt sympa» selon la chroniqueuse et cheffe d’entreprise française Sophie de Menthon): mains aux fesses, sifflements, remarques grivoises. Et l’on ne parle même pas ici des différences salariales ou des superwomen – presque nous toutes – qui jonglent plus que leurs compagnons entre un métier, des enfants et une maison à tenir. Bref, Allaire Bartel a eu l’idée de photographier une femme dans son environnement quotidien – au bureau, au fitness, dans la rue… – des mains d’hommes posées sur le corps comme un accessoire un peu dérangeant. L’idée est efficace, l’intrusion manifeste.

En mettant en scène un modèle immobile et au regard neutre, la série Boundaries évoque la lassitude des femmes face à ces comportements répétés, l’agacement peut-être, mais surtout l’absence de réaction, qui amplifie la violence de l’acte masculin. L’auteure souhaitait dénoncer par là le conditionnement qui nous fait trop souvent accepter gestes et remarques déplacés. Malheureusement, elle rentre ainsi dans cette insupportable considération supposant que la victime d’une agression sexuelle est toujours un peu coupable ou consentante; ne portait-elle pas une jupe ce soir-là? Pourquoi ne s’est-elle pas défendue? Hein, pourquoi?

Sur son site, Allaire Bartel vend ses tirages (sur métal au format 20 x 25 cm) au prix de 35 dollars pièce, dont 10 sont reversés à un foyer pour femmes victimes de violences de Pittsburgh.