Les cycles se suivent et se ressemblent au CAC-Voltaire de Genève. Revoici donc John Cassavetes, apparemment parce que c'était son tour dans la ronde qui comprend également Hitchcock, Bergman, Tarkovski, Allen, Jarmusch et Almodovar (liste quasi exhaustive). Manque d'imagination? On finira par le croire, encore qu'à la décharge du cinéma de la Maison du Grütli, il faut tenir compte du rétrécissement de l'offre de films anciens chez les distributeurs et surtout à la Cinémathèque. Autrement dit: la mémoire du cinéma fout le camp et les marchands de pop-corn marquent encore des points.

Cette (mauvaise) humeur passée, examinons le programme. Au cœur de la rétrospective, on retrouve huit films sur les douze que l'acteur-réalisateur signa entre 1959 et 1985, du surfait Shadows (important et libérateur à son époque) à l'inégal Love Streams. Les véritables chefs-d'œuvre, ce sont plutôt Faces, Minnie and Moskowitz, A Woman Under the Influence et Husbands, éternel grand absent. Des films qui illustrent bien le point fort de son cinéma: l'intime, sous son jour le plus cru, mais aussi dans sa vérité la plus bouleversante. Tournant avec l'argent de ses cachets d'acteur hollywoodien, entre amis, Cassavetes avait inventé là une nouvelle manière de faire des films. Tenté d'élargir son champ d'investigation, il buta sur quelques limites mais amena chaque fois un éclairage différent sur le genre dans lequel ses films semblaient s'inscrire: méditation sur le spectacle pour Opening Night, polar pour The Killing of a Chinese Bookie et Gloria. Des œuvres magnifiques et insatisfaisantes à la fois, qui révèlent en Cassavetes une sorte d'anti-Kubrick, beaucoup plus préoccupé de saisir la beauté d'un moment que de bâtir un édifice parfait.

Amoureux de ses acteurs, son épouse Gena Rowlands en tête, mais aussi ses potes Seymour Cassel, Peter Falk et Ben Gazzara, il leur tailla des rôles sur mesure, à la limite de la complaisance. D'où l'idée du CAC d'élargir la rétrospective à quelques films dont l'un ou l'autre membre de cette «famille» est la vedette. Cassavetes lui-même, pas très convaincant dans le néanmoins génial Rosemary's Baby de Polanski, puis en compagnie de sa femme dans l'étonnant Tempest de Paul Mazursky, libre adaptation de Shakespeare en forme d'hymne à la tolérance. Gena Rowlands, veuve superbe, dans Another Woman de Woody Allen, l'un des meilleurs titres de ce dernier, et The Neon Bible de Terence Davies, étonnant exercice «sudiste» d'un cinéaste britannique.

L'Italo-Américain Ben Gazzara apparaît dans sa maturité irrésistible face à Ornella Muti dans Contes de la folie ordinaire de Marco Ferreri et le moins convaincant La Fille de Trieste, autre récit d'une folie par Pasquale Festa Campanile. Quant à Peter Falk, il trouve l'un de ses plus beaux rôles en manager de deux catcheuses dans le dernier film de Robert Aldrich, All the Marbles. Enfin, appendice tout récent à la saga, on pourra revoir les deux films de Nick Cassavetes: Unhook the Stars, réalisé en hommage à sa mère, et She's so Lovely, sur un scénario de son père. De quoi se convaincre que, malgré une sympathie acquise, le talent n'est pas héréditaire.

Cycle Cassavetes, au CAC-Voltaire (Maison des Arts du Grütli, rue Général-Dufour 16, Genève, tél. 022/ 320 78 78).