Quelque part entre la robe de chambre et l’habit de cérémonie; des chandeliers à sept branches et des étoiles de David cousues en fil d’or sur le velours. Ils s’avancent, en ouverture de Paléo, la fleur aux tambours. La famille Alaev, il y a vingt ans, vivait encore au Tadjikistan. Ils avaient sur ce territoire perché entre le Pakistan et l’Afghanistan, récolté mille ans de rythmes pétris, de traditions juives, de mariages savants qui ne se défilaient pas tant que le dernier invité était encore debout.

Et puis, ils sont partis. Quelques milliers de kilomètres seulement, Israël. Un retour aux sources dont ils ne connaissaient pas le goût. Qu’ont-ils fait? Ils ont continué comme si de rien n’était à embaumer les mêmes mélodies, à bousculer les mêmes refrains, pour des diasporas qui avaient quitté leur berceau sans en renier l’essence. Au Village du monde, le vieil Allo Alaev, 80 ans, regarde sa cohorte de fils, de petits-fils et même de petite-fille (elle joue du violon au milieu de la scène) comme un peuple qu’il faut faire croître et fructifier.

Il n’a pas l’air commode, Allo, même dans sa lourde nuisette d’apparat et sous sa calotte magistrale. Il mène sa troupe d’un lever de sourcil. Notamment le petit clarinettiste, qui a une cravate, mais déhanche son bassin comme trois générations de rockeurs avant lui. La musique de The Alaev Family (en anglais, pour faire international) puise à toutes les souches. Elle est tour à tour klezmer, ottomane, indienne, elle est à l’image de ces errances dont elle témoigne.

Ils ont laissé à Tamir Muskat, du groupe israélien Balkan Beat Box, le soin d’en renforcer les basses. Il n’a presque rien touché. Les Alaev donnent le sentiment qu’ils animent encore les fêtes populaires dans les cités tadjikes, qu’ils bouleversent les murs à force de faire vrombir les peaux de leur battoir. C’est la parfaite efficacité de leur son qui sidère. Une pulsation profonde sur des arrangements d’une finesse de soie. Ce n’est pas une fusion. Mais l’universel de la danse. Une langue qu’il est inutile de traduire.

The Alaev Family ouvre cette semaine de Moyen-Orient au Paléo Festival avec une musique qui doit tout à l’Extrême-Orient. Inutile de se formaliser. On verra au fil des jours à quel point cet entre-deux-mondes est surtout un concentré des pôles.

The Alaev Family. Mercredi 18 juillet, 17h45. Village du monde, Paléo. www.paleo.ch