La famille de substitution

Drame Première œuvre délicate, «Les Drôles de Poissons-Chats» marie mexicain et féminin

Pays du machisme triomphant, le Mexique évoluerait-il? Pas sûr, même si quelques réalisatrices ont désormais voix au chapitre. Mais c’est une raison de plus pour dé­couvrir ce petit film lancé au Festival de Locarno (section Cinéastes du présent), premier long-métrage d’une jeune Franco-Mexicaine, aussi clairement féminin et autobiographique qu’Abrir puertas y ventanas de la Suisso-Argentine Milagros Mumenthaler, Léopard d’or en 2011.

L’une éclôt, l’autre s’étiole

Cela se passe à Guadalajara, mais ça pourrait être n’importe quelle grande ville. Une crise d’appendicite envoie Claudia, 22 ans et seule, aux urgences. Elle y fait la connaissance de sa voisine de chambrée Martha, 46 ans. Même malade du sida, cette mère de quatre enfants possède une rare joie de vivre et, à leur sortie de l’hôpital, invite Claudia à venir habiter chez eux. D’abord désorientée par l’organisation chaotique de la maisonnée, Claudia y trouve peu à peu sa place, tandis que Martha s’étiole…

C’est là le prototype même d’un cinéma «de femme»: modeste, tout en temps faibles et en détails révélateurs, qui tisse une toile plus solide que prévu. On est d’abord un peu perdu, puis les caractères se dessinent: l’orpheline qui survit avec un job au supermarché et la femme qui a eu ses enfants avec trois hommes, l’aînée aux problèmes de cœur et le cadet qui voudrait apprendre à embrasser, la grosse fille mal dans sa peau et la gamine superficielle.

Grâce à ses deux comédiennes (connues au Mexique) et à la photo signée Agnès Godard (la cheffe opératrice de Claire Denis et Ursula Meier), on finit touché par ce récit doux-amer d’une adoption élective. Seuls points aveugles du film: le sexe (pas d’alternative entre sida et tentation lesbienne?) et les hommes, tous absents…

VV Les Drôles de Poissons-Chats (Los insólitos peces gato), de Claudia Sainte-Luce (Mexique-France, 2013), avec Ximena Ayala, Lisa Owen, Sonia Franco, Wendy Guillén, Andrea Baeza. 1h29.