Cinéma

«A Family Tour»: dans les labyrinthes chinois

Les retrouvailles d’une mère et d’une fille chinoises dans un contexte paranoïaque et tendu

Le cinéma asiatique se porte traditionnellement bien à Locarno, et c’est d’ailleurs un film chinois qui a remporté le Léopard d’or 2017, Mrs. Fang, de Wang Bing. Il incombe à la Chine l’honneur d’ouvrir le Concorso internazionale, avec A Family Tour, de Liang Ying – un cinéaste récompensé sous les cieux tessinois en 2012 pour When the Night Falls.

Yang Shu a dû s’exiler à Hongkong après avoir tourné un film politique qui a déplu à Pékin. Avec l’aide de son mari, elle organise des retrouvailles avec sa mère, qui n’a jamais vu son petit-fils, sur le territoire neutre de Taïwan où elle participe à un festival de cinéma. Les membres de la famille doivent se prêter aux exigences ridicules des autorités, soit suivre une excursion touristique sans avoir l’air de se connaître.

Une impression d'étouffement

Une menace diffuse vicie l’air et les relations. Des tensions naissent dans le couple. L’histoire, de la Révolution culturelle à celle des parapluies, rattrape les personnages. Quand elle avait 10 ans, la grand-mère rédigeait les autocritiques de ses parents. Des procès truqués, d’anciens faux aveux empoisonnent les relations et assombrissent l’horizon. Chaque plan enserre les personnages dans des faisceaux de lignes verticales, comme des barreaux de prison. On ne voit presque jamais le ciel, bouché par des bâtiments d’une modernité agressive dans ce monde surpeuplé et surbâti.

Parfois abstrus (pas toujours facile de saisir les références politiques et culturelles), A Family Tour fait ressentir une impression d’étouffement et rappelle que la Chine est encore loin d’être une démocratie.

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