Programme

Fanny Ardant, reine d’automne à la Comédie de Genève

L’égérie de François Truffaut incarnera Cassandre en septembre, guidée par Hervé Loichemol. Ce spectacle lance une saison riche et excitante. Nos conseils

Les belles promesses de la Comédie

Saison Fanny Ardant lancera en septembre une saison ambitieuse

A l’affiche, treize pièces. Nos choix

Un programme de campagne. Un qui donne envie de lendemains qui chantent. Et de se presser de nouveau à la Comédie. A la tête de l’institution genevoise depuis 2011, Hervé Loichemol n’a pas toujours eu la main heureuse. Même quand elles sont bonnes sur le papier, ses saisons flirtent avec la pesanteur. Celle qui s’achève par exemple, riche en auteurs monumentaux, s’est révélée parfois indigeste. Le nouveau cru est a priori tout autre: il allie la surprise, le coup d’éclat, la classe, celle de Fanny Ardant qui lancera la saison en septembre.

Programme de campagne, disions-nous. Mercredi soir, Hervé Loichemol présente au public les treize spectacles à l’affiche. Au même moment, les conseillers municipaux votent le crédit de réalisation de la Nouvelle Comédie, celle qui devrait voir le jour en 2019 sur les hauteurs du quartier des Eaux-Vives. Ils disent oui au financement du projet, à une condition toutefois: que l’Etat apporte sa part comme prévu; aux députés du Grand Conseil de jouer à présent. Mais pour que le courant passe, que le désir d’une salle adaptée à la création d’aujourd’hui s’impose, il faut des spectacles qui électrisent, perturbent, excitent l’intellect. Les cinq morceaux qui suivent promettent de faire cet effet.

La touche de légende

Fanny Ardant: l’actrice de François Truffaut incarnera Cassandre dans l’œuvre du même nom du compositeur genevois Michael Jarrell. Celui-ci s’inspire d’un récit de l’écrivaine est-allemande Christa Wolf. L’héroïne de La Femme d’à côté et de Vivement dimanche prêtera sa voix à la prophétesse, celle qui vaticine dans le désert, qui perce le secret de l’avenir mais que personne ne croit, celle encore qui erre dans les ruines de Troie, bientôt captive du vainqueur. Hervé Loichemol guidera la comédienne en zone trouble, là où on n’est plus tout à fait sûr d’être vivant. Le spectacle verra le jour au prochain Festival d’Avignon – première à Genève, le 21 septembre.

La touche d’émotion

Emma Dante: comment dire le pouvoir de cette artiste italienne, invitée au festival de La Bâtie naguère? Ses pièces sont généreuses et déchirantes. Avec Le Sorelle Macaluso, elle compose un tableau de famille bouleversant. Six sœurs se rappellent un jour d’été lointain, la plage qui est une fête, la mer qui est bientôt un tombeau pour l’une d’elles. Ce spectacle s’enracine dans le Palerme où est née Emma Dante. Le soleil tanne les âmes. Et la musique tourne en vrille comme le vent sur le sable.

La touche de folie

Krzysztof Warlikowski: ce metteur en scène est un tourmenté. Son théâtre lui ressemble: intense et sophistiqué. Rappelez-vous Un Tramway, d’après Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams, au Bâtiment des forces motrices à Genève en 2011. Isabelle Huppert y incarnait Blanche, chahutée par un courant, celui d’une partition qui s’enrichit d’extraits d’Oscar Wilde. Cette fois, Krzysztof Warlikowski s’engouffre dans une cathédrale, A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Il l’envisage en mystique impie. Il n’annonce aucune madeleine, mais plutôt ce qu’il appelle un état proustien, attention plus qu’aiguë aux faux-semblants de la société. L’artiste a intitulé son spectacle Les Français – à voir du 11 au 13 février au Bâtiment des forces motrices.

La touche surréaliste

Foofwa d’Imobilité: ce danseur et chorégraphe genevois compte parmi les plus détonants de sa génération. Pas seulement parce qu’il a brillé au service du plus joueur des maîtres, le New-Yorkais Merce Cunningham. Mais parce que chacune de ses pièces surprend, stimule, déride. Pour Redonner corps, il enrôle huit danseurs sortis des écoles et les invite à arpenter les allées du passé sur les traces des petits et des grands oubliés de la danse.

La touche sensible

Joan Mompart, Martine Paschoud, Valérie Poirier: ce chapitre est celui de l’épiderme. On saluera d’abord le retour de la metteure en scène Martine Paschoud qui monte Un Conte cruel de Valérie Poirier, avec des acteurs formidables, dont Pierre Banderet et Natacha Koutchoumov. Mais aussi la nouvelle escapade musicale d’Yvette Théraulaz qui rêvera de Barbara. On ne manquera pas L’Opéra de Quat’sous: Bertolt Brecht et Kurt Weil ranimés par Joan Mompart.

Cet acteur aiguisé brille désormais comme metteur en scène. Il est tombé amoureux de la cour des miracles brechtienne. Mercredi, la voix de Louis Armstrong est soudain montée en volutes dans la Comédie. Il chante Mack the Knife. On l’a toujours dans la tête.

Rens. www.comedie.ch

Hervé Loichemol guidera Fanny Ardant en zone trouble, sur une musique de Michael Jarrell

Publicité