A voir les films chinois présentés en festivals, il n’y a pas de quoi rêver d’Eldorado! Partout, la course à l’argent et le durcissement des relations humaines qu’il implique font des victimes. Cinéaste de la «6e génération» (Wang Xiaoshuai, Jia Zhang-ke, Lou Ye, Wang Bing, etc.) en peu en retrait, Wang Chao («L’Orphelin d’Anyang», «Voiture de luxe», «Memory of Love», tous sortis en France, mais pas en Suisse…) en a donc rajouté une couche avec son modeste et digne «Fantasia». Un film qu’on peut toutefois soupçonner d’un certain «formatage festivalier».

Dans une mégalopole perpétuellement embrumée par le smog, une famille «normale» voit sa survie menacée lorsque le père fait un malaise à son usine et se voit diagnostiquer une leucémie qui nécessite de coûteuses transfusions. La mère, artiste au chômage, se lève à l’aube pour livrer le lait et tient la journée un stand de journaux. Comme cela ne suffira plus, elle se lance dans une tournée des veilles connaissances pour quémander un peu d’argent. La fille aînée, elle, décide de devenir serveuse mais est bientôt amenée à se prostituer contre un peu plus d’argent. Quant au fils, grand ado maigrichon, il déserte l’école pour traîner près du fleuve, où il s’approche d’une jeune fille qui vit sur un vieux rafiot avec son père…

Le tableau n’est pas gai, mais le film n’en rajoute pas. Dans un style réaliste, avec une très belle lumière et un rythme très «quotidien», le cinéaste enchaîne les séquences de manière sérielle, enregistrant la lente glissade de la famille. Mais soudain, patatras: dans un moment voulu «poétique», Wang Chao nous balance un vieux tube sirupeux à la trompette qui casse l’ambiance. Un peu plus tard, le film se termine en queue de poisson, avec une geste d’euthanasie sans doute fantasmé du fils, lequel finira par voir ensuite s’envoler son dernier rêve. Dur, dur. Et pourtant sûrement pas assez fort pour marquer durablement. C’est là qu’on saisit toute la différence entre Jia Zhang-ke («A Touch of Sin») et un simple suiveur, aussi doué soit-il.