Culture

Fantasmes de mort sous les tropiques dans «Fantasy Island»

Venus exaucer un désir intime sur une île paradisiaque, cinq Américains perdent pied dans des réalités gigognes sanglantes. Un prodigieux navet

C’est une île au large de la réalité. Les nantis y débarquent comme à Jurassic Park ou à Mondwest pour vivre des émotions fortes. Là, il ne s’agit pas de jeter des cacahuètes aux dinosaures ou de descendre un pistolero chauve, mais de vivre pleinement un fantasme, ainsi que l’indique le titre originel, Fantasy Island, soit «L’Ile aux fantasmes», traduit parfois en français par Nightmare Island, «L’Ile du cauchemar», ce qui a l’avantage de ne laisser aucune ambiguïté sur la teneur du produit.

Le maître des lieux, l’énigmatique Mr. Roarke (Michael Peña), accueille ses hôtes et exauce leurs vœux intimes. JD et Brax sont là pour se taper qui des Californiennes sculpturales, qui des culturistes bien montés; Melanie veut se venger de la fille qui l’a mobbée au lycée; Gwen veut retrouver le gentil fiancé qu’elle a laissé tomber et Patrick prouver à son père mort glorieusement au combat qu’il a lui aussi l’étoffe des héros. Les choses se gâtent rapidement. Les assistants de Roarke ont des têtes d’aliénés, des liquides noirâtres sourdent des interstices, des narcotrafiquants à masque de clown font irruption, un spectre carbonisé rôde, des soldats crapahutent dans la jungle, un savant fou brandit son bistouri… Comme celle de Lost, l’île semble receler un mystère surnaturel, en l’occurrence une espèce de fontaine magique intégrant un tube cathodique.

Tiré d’une série télévisée américaine bon enfant (1977-1984), réalisé par Jeff Wadlow (Kick-Ass 2), ce film horrifique est un exemple de ratage intégral. De médiocres acteurs incarnent des personnages ineptes ressassant des clichés sentimentaux ou psychanalytiques et assouvissant leurs pulsions les plus viles au gré d’une mise en scène inexistante et dans une confusion narrative achevée. Une piste ontologique se dessine à travers la dialectique du fantasme («Est-ce moi qui suis dans mon fantasme ou toi dans le tien?»), mais tourne court aussitôt.


Fantasy Island, de Jeff Wadlow (Etats-Unis, 2020), avec Michael Peña, Maggie Q, Lucy Hale, 1h50.

Publicité