Cinéma

Les fantômes du monde hantent le FIFF

La 31e édition du Festival International de Films de Fribourg commence demain. Elle propose un nouveau voyage intercontinental. Et consacre une section aux histoires de fantômes

«Je vois des gens qui sont morts… Il y en a partout», chuchote Cole. L’enfant extralucide de Sixième sens est comme les spectateurs de l’édition 2017 du FIFF, car les fantômes ont envahi la section Cinéma de genre. Dix-neuf films venus de 14 pays témoignent de la singulière permanence des spectres dans toutes les civilisations et toutes les cinématographies.

Lire aussi:  Mireille Berton: «Le cinéma est le médium par excellence de la spectralité»

J’ai l’impression qu’en Amérique latine, le rapport à la mort, aux esprits, est beaucoup plus sain qu’en Occident.

Pour élaborer ce programme hanté, Thierry Jobin a rencontré tous les vendeurs du Festival de Cannes et feuilleté leurs catalogues pour dénicher un thème susceptible de «raconter des histoires politiques ou culturelles». Au bout de deux jours, il voyait partout des gens qui sont morts. Le thème transparaît même en Compétition internationale avec un film laotien (Dearest Sister) ou kényan (Kati Kati). Ses voyages ont convaincu le directeur du FIFF de l’omniprésence des revenants. Aux Philippines, on lui a dit qu’ils changeaient d’apparence d’une vallée à l’autre, certains apodes, d’autres les bras tendus en avant.

«J’ai l’impression qu’en Amérique latine, le rapport à la mort, aux esprits, est beaucoup plus sain qu’en Occident. Voir la Fête de morts au Mexique! Et l’animisme japonais! Là-bas, tout est vivant, même les morts»…

Enfants voyants

Ils sont de tout poil, les fantômes invoqués par le FIFF. Des deux sexes, de tous âges, des doux et des sévères, très anciens ou purement contemporains. L’âme de Mira, qui vient de mourir, flotte contemplative au-dessus de Mumbai (Bumbai Bird, de Kamal Musale), tandis que la séduisante Hsiao-tsing est un esprit qui envoûte les hommes et les sacrifie à l’«arbre démon» (A Chinese Ghost Story, de Ching Siu-Tung).

En Moldavie, Panihida, d’Ana-Felicia Scutelnicu pose un regard ethnographique et poétique sur les rituels de conjuration permettant à l’âme d’une vieille femme de prendre congé du corps. En Hollande, des bourgeois épris de vie sauvage se font décimer par l’esprit d’un étang qui prend l’apparence d’une séduisante naïade (The Pool, de Chris W. Mitchell).

Livide, il est terrible le fantôme du mari lorsqu’il jette des feuilles mortes sur ses assassins fouillant la tourbe d’un vieux puits où ils ont coulé son cadavre (L’Empire de la passion, de Nagisa Oshima, 1978). Le défunt capitaine Gregg s’avère nettement plus fréquentable; il noue un tendre lien avec Lucy, la locataire de sa maison sur la falaise (The Ghost and Mrs. Muir, de Joseph L. Mankiewicz, 1947).

Les enfants ont un don certain pour communiquer avec l’au-delà. Simon conçoit avec ses amis imaginaires des jeux de pistes conduisant à un crime effroyable commis des décennies plus tôt dans ce sinistre orphelinat (El Orfanato, de Juan Antonio Bayona). Miles et Flora, deux adorables bambins vivant à l’époque victorienne, restent en contact avec leur ancienne gouvernante qui s’est suicidée (The Innocents, de Jack Clayton, 1961)…

Certains fantômes sont si ténus qu’on les distingue à peine de leurs cousins, les fantasmes. Ainsi, dans The Demons, de Philippe Lesage, le petit Félix, enfant hypersensible redoutant les spectres de la violence, de la maladie, du divorce, voit-il apparaître le reflet d’un gosse assassiné qui n’est peut-être qu’une projection de son empathie.

De tous les fantômes qui hantent les écrans, ceux qui ont le plus terrifié le directeur du FIFF sont les âmes errant dans les couloirs de l’hôtel Overlook, dans Shining, de Stanley Kubrick.


Le programme

Compétition internationale

Douze longs-métrages venus de douze pays.

Décryptage

Cabinet de curiosités cinématographiques ou quand le 7e art se prend pour objet.

Diaspora Myret Zaki et l’Egypte

La journaliste économique présente cinq films qui ont enchanté ses jeunes années.

Hommage à… Freddy Buache

Le fondateur de la Cinémathèque suisse présente cinq films essentiels: M le Maudit, L’Atalante, Le Désert rouge, Cris et Chuchotements, The Dead.

Nouveau Territoire

Le Népal, cinématographie émergente.

Sur la carte de… Douglas Kennedy

L’écrivain américain propose six films américains.


FIFF. Fribourg du 31 mars au 8 avril. www.fiff.ch

Publicité