«Au théâtre, le diable, c’est l’ennui!» Face à Infuser une âme, de Claude-Inga Barbey, la sanction de Peter Brook revient sans cesse à l’esprit. Le projet de la comédienne et auteure romande suscitait pourtant l’intérêt: croiser trois douleurs de femmes et chercher le sens de cette souffrance. Mais, sur la scène de la Comédie, le sanglot devient fardeau et la pièce pèse là où elle devrait pincer.

Trois souffrances, donc. Celle d’Ethel (Séverine Bujard) qui rumine le départ d’un amant; celle de sa sœur, Nelly, (Doris Ittig) qui pleure la mort d’un enfant. Et celle du fantôme de Virginia Woolf (Claude-Inga Barbey), écrivaine anglaise hantée par ses démons depuis le décès de sa mère lorsqu’elle avait 13 ans. D’un côté, l’absence, de l’autre, peut-être, la réparation. Notamment, à travers l’ambition existentielle et littéraire de capturer chaque moment dans sa globalité…

Malheureusement, cette ambition que Virginia Woolf réalise souvent, Claude-Inga Barbey, ici, l’atteint rarement.

Affairées dans le jardin de famille à trier de vieux objets en vue d’un adieu au lieu, les deux sœurs lassent très vite. Leur tort? Une suite de propos triviaux sur les reliques à empaqueter, larmoyants sur la féminité fanée («passé 50 ans, on est réduite au personnage de troisième zone») ou grandiloquents sur les notions de responsabilité. Ce passage, par exemple, où Ethel se met à gloser sur Hitler et Staline. «6 millions de morts d’un côté et le goulag de l’autre. Tout ça parce que deux petits garçons n’ont jamais été consolés.» Barbey, la fée des petits rien, a fait plus fin.

Bien sûr, Mauro Bellucci en djinn italien amène de la fantaisie dans cette tentative tchékhovienne. Et les trois comédiennes ont du métier, du talent. Mais la mise en scène de Pierre Mifsud, trop statique et systématique, n’allège pas ce pavé sur le poids des absents. Plombant.

Infuser une âme, jusqu’au 31 mars, à la Comédie de Genève, 022/320 50 01, 1h 30. www.comedie.ch