Festival

Au far°, à Nyon, on déplace des objets, et voilà

Dans «The Stain», quatre activistes masqués manipulent des bûches et des tissus. Soigné, mais ennuyeux

Le far° Festival des arts vivants, à Nyon, est un rendez-vous exigeant qui préfère les questions aux réponses. En témoigne le caractère énigmatique, pour ne pas dire opaque, de The Stain, l’un de ses deux spectacles d’ouverture, mercredi. Dans cette pièce signée Maria Jerez, que l’on peut encore voir ce jeudi soir, quatre individus masqués, capuchonnés et recouverts de plusieurs couches d’habits, manipulent lentement des matières (bûches, barres d’acier, tissus), des objets (livre, appareil photo, perruques, etc.) ou encore des aliments (céleri, banane, pain).

Evoluant sur une grande toile en plastique froissée et peinte en violet, les étranges activistes sollicitent régulièrement le public pour les aider à tenir ces trophées. Sinon, ils disparaissent derrière des rideaux, se glissent sous des couvertures, chantent une chanson. Pas de crescendo, ni de progression. Certains ont vu dans The Stain des rescapés de l’apocalypse qui tentent de redonner du sens aux éléments épargnés par la catastrophe. D’autres n’y ont pas vu grand-chose et se sont ennuyés. Les arts vivants, cette plage ouverte, très ouverte.

La nature en majesté

Cette année, le far° met la nature au centre et encourage la décroissance. Les artistes invités à cette 35e édition prônent le ralentissement de la production et de la consommation afin d’en finir avec la soumission des règnes animal, végétal et minéral aux sacro-saints besoins du règne humain. Les rendez-vous à l’affiche vont de la culture d’organismes comestibles à la cueillette d’herbes sauvages en passant par la broderie, activité poétique qui donne au temps une nouvelle densité.

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Le temps est justement une notion centrale de The Stain, vaste rituel de réappropriation des éléments d’un environnement bouleversé. Maria Jerez souhaite abattre les frontières, dit-elle. Elle aimerait démocratiser les relations entre les humains et les éléments inanimés. Donner une légitimité à tout ce qui nous entoure, tel est son projet.

Pourquoi est-on là?

De fait, un peu à la manière de Simone Aughterlony, qui affectionne aussi les stabulations libres d’individus en quête, l’artiste espagnole orchestre un ballet où chaque action est réalisée lentement, avec le plus grand soin et la plus grande concentration. Un tissu blanc est hissé, puis abaissé, une bûche, transportée d’un point A à un point B, une perruque, tressée à nos pieds, un céleri, coupé puis emmailloté, un papier, déplié puis froissé, etc. Parfois, on entend les Doors, Michael Jackson ou Tchaïkovski, comme de vagues échos d’un monde évaporé.

Ces évolutions en suspension ont le charme du détail et du cocon. Mais il y a si peu de progression, si peu de tensions ou d’autodérision qui, à défaut de donner du sens, pourraient procurer des sensations, qu’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi on est là, au fond.


Le far° Festival des arts vivants, jusqu’au 24 août, Nyon.

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